Alors que se déroule le sommet international sur le climat en Pologne cette semaine, les médias n'ont pas manqué de remarquer cette usine au centre du pays, où des militants de Greenpeace ont mené une action à la fin novembre.

Les droits humains en voie d’extinction ?

OPINION / La société contemporaine voue un culte aveugle à l’essor économique et, de toute évidence, se moque de ses répercussions écologiques et sociales à l’échelle planétaire. Production effrénée, pollution massive et consommation insatiable : voilà les principaux maillons d’un cycle anthropique qui puise ses racines dans la révolution industrielle et dont les effets délétères à l’égard de l’environnement s’accumulent continuellement.

Loin de représenter un enjeu d’ordre strictement scientifique, la crise climatique qui sévit actuellement constitue « l’un des plus grands défis de notre temps en matière de droits humains ». Jusqu’où l’égoïsme de l’Homme ira-t-il pour soutenir la transgression sauvage et insouciante de ce qui était naguère acquis ? Les droits de la personne seraient-ils eux aussi… en voie d’extinction ?

D’une part, il est indéniable que les changements climatiques contribuent activement à la dégradation des conditions de vie ainsi qu’à l’accentuation des inégalités entre les pays et entre les individus. D’ailleurs, Amnistie internationale soutient fermement que « [les gouvernements] qui ne prennent pas toutes les mesures possibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et aider les populations affectées à s’adapter […] violent le droit international relatif aux droits de la personne ». 

Qu’on le veuille ou non, le dérèglement climatique condamnera en premier les sociétés en voie de développement, dont l’économie fragile peine à résister aux sécheresses extrêmes et au stress hydrique. En d’autres termes, les plus pauvres sont destinés à subir les tares de la mondialisation néolibérale. Tandis qu’il est minuit moins une au regard de la lutte environnementale, l’inhumanité de notre système économique se révèle quant à moi absolument aberrante. Malgré tout, les pays ayant accéléré de manière vertigineuse l’atteinte des limites planétaires demeurent aussi exposés aux changements climatiques : les vagues de chaleur extrême le témoignent. Toutefois, la puissance économique de ces nations prospères renforce significativement leur capacité d’adaptation, amoindrissant ainsi les impacts de la menace environnementale qui se profile à l’horizon et soulignant une fois de plus une injustice internationale criante. 

À mon avis, les pays industrialisés doivent immédiatement prendre en main leur part de responsabilité titanesque dans la crise actuelle : si le pouvoir politique ne songe pas aux impacts sociaux de l’enjeu et aux iniquités fatales qui en découlent, ce n’est certes pas dame Nature qui aura la conscience de le faire. Comme l’affirme le philosophe allemand Hans Jonas, « ne sommes-nous pas désormais appelés à une sorte d’obligation radicalement nouvelle […], à savoir, assumer notre responsabilité à l’égard des générations à venir et de l’état de la nature sur Terre ? » L’imminence de résolutions contraignantes se fait sentir, car à ce rythme, les inégalités sociales se creuseront jusqu’aux tréfonds de la Terre…

D’autre part, les changements climatiques représentent une menace croissante pour la stabilité de la société humaine qui a caractérisé l’Holocène. En effet, les régions vulnérables voient d’ores et déjà s’affaiblir leur capacité à subvenir aux besoins fondamentaux de leur population et, conséquemment, leur aptitude à gouverner. L’UNESCO considère que cette réalité peut « fragiliser [un État], susciter des conflits internes, voire aboutir à son effondrement ». 

La rareté des ressources naturelles, dont l’or bleu, constitue un facteur d’hostilité grandissant qui divise les pays et leurs citoyens. En outre, l’explosion du nombre de migrants climatiques suscite d’importants débats : d’ici 2050, la communauté internationale aura la lourde tâche de supporter près de 143 millions de réfugiés environnementaux , soit l’équivalent de dix-sept fois la population actuelle du Québec. Comment y parviendrons-nous en considérant la vive réticence de plusieurs dirigeants politiques influents ? Dans un monde où la prospérité s’opposera à la survie humaine, un changement de paradigme s’impose. En songeant que la survivance ramène l’être humain à ses origines primitives, peut-on craindre d’assister à la naissance de guerres soulevées par le climat ? Selon moi, il s’agit d’une éventualité fort probable qui met l’accent sur la place prépondérante des droits de la personne dans la lutte aux changements climatiques. En plus de l’accès à l’eau potable et à la nourriture, la sécurité devient un véritable pilier du défi colossal auquel nous sommes confrontés. 

Ultimement, la crise climatique va jusqu’à mettre en péril le droit à la vie. Comment peut-on demeurer insouciant devant de telles atteintes à l’espèce humaine ? Nous devons impérativement cesser de nourrir ce biais d’omission pour attaquer le problème à la source : l’exploitation des hydrocarbures, la surconsommation et la délocalisation de l’économie doivent rendre leur dernier souffle au nom de la Terre et des générations futures. Il n’est pas trop tard, seulement minuit moins une…

Bref, n’oublions surtout pas que l’être humain est l’acteur du dérèglement climatique, mais également la clé de la solution. N’oublions pas que les mesures individuelles et politiques peuvent concourir à stabiliser le réchauffement global. N’oublions pas que seules les actions concrètes sont en mesure de mettre un terme à l’accentuation des disparités à travers le monde et que nos petits-enfants naîtront sur cette même planète. Quel avenir souhaitons-nous leur léguer ? Un monde équitable, résilient et florissant, ou une Terre désolante et subvertie par une sixième extinction, celle des droits humains ? N’oublions pas que lorsque les douze coups de l’hymne funèbre du climat résonneront, il sera trop tard pour demander grâce à Dame nature.

Nicolas Levesque, étudiant

Cégep de Jonquière