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Les coops forestières mises à part

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Le Quotidien
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OPINION / Le gouvernement du Québec, de connivence avec l’industrie forestière, continue à scier la branche sur laquelle repose le caribou forestier. La disparition du caribou forestier enlèverait, une bonne fois pour toutes, l’épine du pied gouvernemental que constitue la protection du cervidé.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

Le gouvernement de la CAQ est en voie d’y arriver en soustrayant des dizaines d’aires protégées constituées de vieilles forêts propices au développement du caribou, pour les remettre entre les griffes des compagnies forestières.

« On a manqué une occasion de préserver des habitats qui ont un fort potentiel pour le caribou et toutes les espèces associées aux vieilles forêts. Mais on n’a pas manqué une occasion de continuer à fournir un accès à des volumes de bois pour l’industrie. [...] Le ministère des Forêts semble avoir un droit de veto sur le devenir des aires protégées proposées par le ministère de l’Environnement. » Cette réflexion est celle de Martin-Hugues Saint-Laurent, biologiste et spécialiste des cervidés de l’UQAR, publiée dans un article du Devoir en février.

« Je travaille dans le dossier du caribou depuis plusieurs années et il est clair que les gouvernements font de leur mieux pour cacher le fait qu’ils ne font rien. On le voit encore avec cet exemple des aires protégées. Il y avait des projets pour protéger l’habitat du caribou, mais le gouvernement a décidé de ne pas aller de l’avant », a ajouté Marco Festa-Bianchet, professeur titulaire au Département de biologie de l’Université de Sherbrooke, dans le même article.

Il paraîtrait, par ailleurs, que selon les forestiers de la coopérative forestière Boisaco de Sacré-Cœur, si le plan caribou du ministère de la Forêt est appliqué dans son intégralité, celle-ci devra mettre la clé sous sa porte. D’autant que la compagnie a fait ses preuves dans le domaine du respect de la ressource.

Mais parlant de l’industrie forestière en général, la question fondamentale de comment faire cohabiter l’industrie forestière avec la protection du caribou sur un même territoire se pose avec acuité. Dit autrement, comment assurer la pérennité des emplois et des rentrées d’argent dans les poches des actionnaires avec celle de l’incontournable maintien de la biodiversité ? Une biodiversité tellement amochée sur terre, dans les eaux et dans l’air par une activité humaine destructrice des écosystèmes qui pratique une économie propulseuse de consommation effarement compulsive.

Un système économique qui refuse toujours de battre sa coulpe pour les dommages irrémédiablement causés à la planète, dont les maîtres se montrent forts en gueule, mais pour ce qui est de passer à l’action... Par exemple, l’obsolescence programmée continue comme jamais à favoriser les longues files d’attente aux écocentres urbains, outrageusement récepteurs d’utilités de toutes sortes encore réparables.

Pour revenir à l’industrie forestière, ce serait une vraie première fois, selon deux articles du Quotidien parus récemment, sous la plume du journaliste Louis Tremblay, au cours de laquelle les parties prenantes, le ministère de la Forêt et de la Faune et l’industrie forestière, pourraient travailler ensemble. Hum ! Depuis son arrivée en 2013, le Forestier en chef a mis un holà au saccage systématique de la forêt en domestiquant les droits de coupe. Cela n’a jamais eu l’air de plaire à l’industrie.

On n’oubliera pas, également, que l’industrie forestière, après des années de vache maigre, ne s’est jamais si bien portée, grâce à une demande exponentielle de bois qui déferle notamment sur l’Amérique du Nord depuis quelques mois. Le prix du 2X4 a quadruplé.

Pour revenir à Boisaco, je pense que l’entreprise ne devrait pas craindre les nouvelles contraintes imposées par le ministère dans les prochaines années comme elle le fait. Mais au cas où l’avenir de la compagnie serait compromis d’ici 2023 par une baisse de son chiffre d’affaires de 20 % tels que son PDG l’a laissé savoir, à cause du dérangeant caribou forestier, il m’apparaît indéniable que les deux parties, ministère et Boisaco, sont condamnées à s’entendre.

La dynamique entre l’approvisionnement garanti en bois versus la protection du caribou forestier et les droits des citoyens friands d’autre chose que de nature artificielle sur le toit d’un building, ou dans leur cour arrière, sera-t-elle devenue compréhensible pour le citoyen lambda qui voudra bien s’y intéresser ? Qu’il sera permis de lever davantage le voile sur le jeu capitaliste des compagnies forestières ? On ne perd rien pour attendre.

Car ne nous y trompons pas. Malgré les belles et vertes résolutions prises par ces dernières, le profit maximum demeurera toujours le premier critère. La notion de bon citoyen corporatif qui prend en compte la nature, la protection et le renouvellement de la ressource ainsi que le partage du parterre forestier avec d’autres intervenants ? Tout cela passe au second rang pour l’industrie forestière traditionnelle. Les coops mises à part.