Les Bélugas, GNL Québec et les CHSLD

OPINION / Durant le confinement, un événement exceptionnel que j’ai vécu a refait surface en moi. C’était fin septembre 2019. J’étais à bord du voilier-école ÉcoMaris sur le fleuve Saint-Laurent et nous arrivions devant l’ouverture du fjord du Saguenay.

Et l’expérience d’une vie arriva. Nous nous sommes retrouvés au milieu d’une fête de bélugas; nous étions devenus leur centre de table. Des dizaines sautillaient en ronde autour du bateau, chantaient et passaient même sous notre coque. Leur peau lisse et blanche était magnifique à voir.

Ils ont tournoyé pendant plus d’une heure autour de nous, à cet endroit où se rencontrent l’eau douce du Saguenay et l’eau saline du fleuve, créant des remous pleins de délices pour la vie marine.

Ces bélugas m’ont tant émue ! Mais ils en resteraient seulement 900 individus dans le fleuve et le fjord.

Pourtant, le niveau de bien-être de ces mammifères marins est un indicateur de la qualité de l’eau qui constitue en grande partie nos corps humains au Québec. Comme le gazouillis des canaris dans les mines était autrefois l’indicateur que l’air restait respirable pour les travailleurs. C’est pourquoi le surnom des bélugas, les canaris du fleuve Saint-Laurent, prend tout ton sens.

Le projet GNL Québec au Saguenay voudrait exporter du gaz naturel liquéfié en faisant passer d’immenses bateaux tout le long du fjord et du fleuve. La compagnie prévoit au moins 320 passages par année. En février 2020, un rapport de GNL Québec admettait que leur projet présentait un certain risque pour nos 900 bélugas et les autres mammifères marins, ainsi que le rétablissement de leur habitat. Et que dire des risques de déversements ?

Je tenais donc à ce qu’on se rassure, tous ensemble. En nous positionnant comme les gardiens des bélugas au Québec actuellement, on ne commet pas l’erreur de s’évertuer démesurément au point de placer les intérêts des animaux avant nos besoins essentiels.

Au contraire, si l’on fend en quatre des projets industriels pour protéger ces animaux, c’est pour nous éviter un masochisme collectif. Et c’est pour embrasser un égoïsme sain : placer notre bien-être devant des enrichissements à court terme. Je crois que l’on s’enrichira durablement en refusant de nouveaux projets industriels et en ralentissant le transport maritime. Ainsi, nous favoriserons la régénération de notre aorte commune, le fleuve Saint-Laurent.

Toutefois, qui peut refuser une bonne rentrée d’argent de prime abord ? Pour moi c’est difficile. Je ressens un conflit entre mon intelligence et mon besoin de sécurité financière quand je pense aux placements que je devrais faire pour ma retraite. Pour obtenir les rendements les plus rassurants actuellement, les banques placeraient mon argent dans des portefeuilles de compagnies d’exploitation de ressources naturelles, qui sont souvent subventionnés par l’État, mais qui ne ramassent pas après avoir généré des dégâts. J’accumulerais une croissance constante de mes avoirs, mais ces choix financiers feraient dépérir encore plus rapidement notre réelle richesse commune, un environnement où l’on peut vivre en santé.

C’est pourquoi je souhaite constamment encourager les décideurs à préserver l’environnement. Ils ont besoin d’appuis pour affronter les poursuites judiciaires des actionnaires perdants et la moue de leurs électeurs apeurés par la perte d’emplois possible au Québec. Merci de se rappeler collectivement que les intérêts de notre environnement sont notre meilleur placement. Merci pour la sensibilisation, pour les lois qu’on se donne et qu’on fait évoluer au fil des avancées scientifiques. Merci pour les investissements de plusieurs générations dans la préservation de la faune et de la flore.

Nous pouvons déplacer les subventions octroyées aux compagnies d’exploitation de ressources naturelles au Québec vers des projets agricoles et manufacturiers diversifiés qui vont renforcir notre résilience locale. Nous pouvons encourager les activités économiques liées au plein air au Saguenay (et ses microbrasseries !) pour que ses habitants aient suffisamment d’activités économiques sans bousiller le Fjord.

Je saisis que beaucoup de personnes pensent bien faire en supportant les investissements industriels malgré les recommandations des chercheurs en environnement. La présence de misère humaine au Québec, notamment chez les aînés dans les CHSLD, vient nourrir une peur du manque. Je crois qu’en prenant dorénavant des mesures pour nous rassurer que nous sommes capables d’offrir collectivement une vieillesse digne à chacun, nous contribuons à nous donner le courage d’oser refuser des projets industriels lucratifs, mais risqués pour notre santé. En d’autres mots, je nous souhaite de cesser rapidement de penser que nous devons vendre nos reins pour financer notre avenir. Une richesse réelle, mais différente se présente devant nous, elle ne se compte pas en dollars, mais en nombre de bélugas qui sautent de joie dans l’eau que l’on boit.

Gaia Viau - ostéopathe, D.O.

Membre d’Ostéopathie Québec