L'envers de la médaille

Cette lettre d’opinion est signée par Stéphane Allaire, Nicholas Bussières, Catherine Duquette, Patrick Giroux, Élisabeth Jacob, Nicole Monney, Karine N.-Tremblay, et Pascale Thériault, professeurs et professeures au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

OPINION / Nous souhaitons apporter un complément d’information qui nuance l’article du Quotidien intitulé « Une croissance des étudiants de 8 % à l’UQAC » paru le 28 août 2019.

D’entrée de jeu, précisons que nous sommes ravis de la hausse des inscriptions en enseignement à l’UQAC. 

En ce 50e anniversaire de l’université, cette augmentation pourrait permettre d’espérer une pleine reconnaissance de la formation des enseignants en nos murs ; un secteur qui fait partie de la loi fondatrice de l’Université du Québec.

L’article fait fi d’une conjoncture plus large qui sévit actuellement et qui, en plus d’apporter un bémol important à la bonne nouvelle, menace les conditions d’apprentissage offertes aux étudiants. Ce qui est publicisé par l’organisation en tant qu’expérience de proximité UQAC.

Depuis quelques mois, pour des motifs financiers, on assiste à une accélération importante de l’entassement d’étudiants dans un même groupe. 

Cette situation ne touche pas que le Département des sciences de l’éducation.

Par exemple, alors qu’auparavant, on pouvait former deux groupes de 50 étudiants chacun pour un même cours, l’administration exerce maintenant une pression de plus en plus forte sur les départements et les programmes pour n’en former qu’un seul de 100. 

Une autre pratique consiste à regrouper des étudiants de programmes différents dans un même cours. 

Par exemple, on réunira des futurs enseignants de secondaire et de primaire pour leur apprendre à gérer le comportement des élèves. 

Pourtant, les problèmes de comportement des adolescents diffèrent fondamentalement de ceux des enfants plus jeunes. Il en est de même pour les interventions à mettre en place.

De telles décisions sont contradictoires avec la relation de proximité pédagogique qui caractérise la formation à l’UQAC depuis longtemps. 

En outre, elles réduisent la possibilité d’adapter l’enseignement aux particularités de chaque profil ou programme. 

Sans compter que, dans le cas spécifique de l’éducation, elles mettent des bâtons dans les roues à un déploiement optimal des exigences du Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE). Cet organisme réglementaire assure la qualité de la formation des enseignants avant d’autoriser les universités à la dispenser.

Pour conclure, la rectrice a raison de reconnaître les efforts de recrutement déployés par l’ensemble des départements de l’université. Qu’ils soient faits en sus de la tâche officiellement reconnue montre toute la bonne volonté et l’engagement des professeurs à l’égard du développement de l’université. 

Toutefois, ces efforts témoignent-ils vraiment d’une intelligence collective lorsqu’on considère les pratiques d’entassement d’étudiants en vigueur ? Du point de vue financier, sans doute, puisque le financement fluctue en fonction du nombre d’inscriptions. 

Mais du point de vue de l’expérience étudiante et de la qualité de la formation, on se demande si on n’est pas en train de se tirer dans le pied…