L’entêtement de GNL à Saguenay

OPINION / GNL se dit plus déterminée plus que jamais à construire une usine pour liquéfier du gaz naturel non conventionnel sur les rives de la rivière Saguenay et le vendre outre-mer.

Pour les pays européens et asiatiques qui en veulent, en attendant de passer aux énergies renouvelables, la Russie peut leur en fournir; conventionnel celui-là, c’est-à-dire qui n’est pas récolté à la suite de la fracturation du sous-sol terrestre. Les puits de gaz naturel non conventionnel laissent fuir dans l’air ambiant du méthane, qui est 30 fois plus polluant que le gaz carbonique.

En outre, l’Iran possède d’énormes réserves de GNL conventionnel. Pour le moment, les Perses subissent le boycottage de leurs ressources fossiles par des pays occidentaux menés par les États-Unis. Seulement, la Chine est amie de l’Iran et compte tenu du déclassement que les Américains subissent à titre de puissance mondiale face à l’empire du Milieu, un déclassement accéléré par l’état inédit des lieux que subit la planète, il y a fort à parier que la réouverture du marché iranien de gaz naturel conventionnel redeviendra bientôt réalité.

Le projet GNL à Saguenay perd de plus en plus de plumes; pensons aux très gros bailleurs de fonds. La compagnie supportée par des financiers américains aura-t-elle les reins assez solides pour se tailler une place rentable parmi les grands fournisseurs de GNL? L’entêtement de ses promoteurs et dirigeants laisse, pour le moins, songeur.

Puis, il y a cet autre gros bémol: le bruit causé par le trafic maritime déjà très important dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent nuit à la qualité de vie de la faune marine dans cette partie de l’estuaire du grand fleuve. Le son est un élément crucial pour les cétacés qui y vivent. La science, qui vaut aussi en temps de non-pandémie, l’a démontré, données probantes à l’appui: le bruit causé par le trafic maritime peut masquer les capacités de communication des baleines entre elles. Cela correspond à leur bloquer la vue, à les empêcher de communiquer entre elles et de rechercher de la nourriture. Le bruit double tous les 20 ans dans les milieux marins selon Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins. Le surplus de bruit que produirait le trafic des méthaniers de GNL Saguenay interférerait avec la reproduction, l’alimentation, la communication, l’orientation; sans compter la gestion du stress chez cette faune maritime. Sans compter, également, que d’autres compagnies telles Arianne Phosphate et Métaux BlackRock, se sont mises sur les rangs pour faire passer leurs navires dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.

L’équipe de Robert Michaud va, par ailleurs, saisir l’opportunité exceptionnelle que représente l’arrêt du trafic maritime dans le Saguenay et le Saint-Laurent causé par la pandémie pour étudier les changements dus à cette situation. Le BAPE remis à plus tard par la COVID-19 ne pourra faire l’impasse sur résultats de cette étude.

Marcel Lapointe

Jonquière