L’enjeu principal des élections

OPINION / Le changement est au programme des élections québécoises d’octobre. Toutefois, au-delà de la joute électorale et partisane, un enjeu fondamental, toujours le même, ressort de la toile de fond politique où se joue de nouveau l’avenir de cette société très particulière qu’est encore le Québec.

Cet enjeu principal porte plus que jamais sur l’existence d’une nation authentiquement francophone dans l’univers anglo-saxon américain, et de l’histoire, du maintien, du développement et du rayonnement d’une société originale mais ouverte, dont le territoire, riche de régions diversifiées, est gouverné par un état démocratique influent et interventionniste. Cet état québécois au Nord-Est de l’Amérique, évolue dans un cadre fédératif canadien souvent contraignant et peu valorisant, sous la forte influence politique, économique et culturelle du proche voisin américain.

L’élection d’octobre porte donc sur le type de changement à mettre en œuvre afin d’améliorer et moderniser le socle national et le modèle social qui sert si bien le Québec. Tout en conservant l’essentiel, comment donc nous adapter aux nouvelles réalités du monde contemporain que sont l’uniformisation culturelle, la mondialisation financière de l’économie de marché, la dévalorisation du rôle de l’État, la domination américaine des grands groupes des technologies numériques, les multiples pressions des mouvements de populations sur l’immigration et les défis de l’intégration, l’instabilité politique internationale, la radicalisation des courants d’opinion. Ces grands phénomènes pressurisent le Québec sur plusieurs aspects, remettent en question nombre de nos manières de faire et compromettent nos acquis.

Conséquemment, ne perdons surtout pas de vue l’essentiel. Sur le ton de l’audace, voici huit mesures plus costaudes qui feraient, selon moi, avancer le Québec sur l’enjeu principal.

1. Raffermir les relations avec Ottawa : Québec doit affirmer ses revendications envers le gouvernement Trudeau, notamment en matière du pouvoir de dépenser sur son territoire, de communication, de patrimoine et de spécificité culturelle, de transports et de politique maritime, d’énergie, de négociations de l’ALENA, de développement économique.

2. Accentuer l’usage du français : le gouvernement doit renforcer l’usage du français par une série de mesures dans tous les secteurs de la société québécoise, y compris lui accorder une valeur économique et financière.

3. Une vaste décentralisation vers les régions afin d’accroître leur pouvoir de gouvernance : mettre en oeuvre un grand chantier de décentralisation des ministères, politiques et interventions gouvernementales dans les 17 régions administratives. D’une part, par une réforme qui accorde plus de pouvoirs et de ressources financières et professionnelles aux directions régionales des ministères. D’autre part, en accordant plus d’autonomie et de pouvoir à une nouvelle gouvernance régionale composée des élus (y compris les députés), des représentants des communautés régionales et locales et de la société civile.

4. Une réforme de la démocratie parlementaire et des lois encadrant les pouvoirs législatif et exécutif : accorder de plein droit aux députés une participation à la gouvernance de leur région administrative, comme élus redevables de l’intervention étatique sur le territoire et comme représentant des intérêts de cette région au parlement québécois.

5. La gouvernance de Montréal : qu’une commission multipartite se penche sur les problèmes de cohérence et de cohésion de la communauté urbaine, et que le gouvernement amène les élus de tous les paliers à mettre en place un système de gouvernance démocratique imputable, responsable et efficient.

6. Un rééquilibrage des soins de santé : une commission ministérielle mandatée pour réaliser une planification stratégique et un plan d’action de réaffectation d’une proportion effective et mesurable des ressources budgétaires, administratives et professionnelles du milieu médical hospitalier vers les autres ressources en santé (soins à domicile, prévention, santé publique, santé mentale, services aux personnes âgées, soutien aux aidants).

7. Relance vigoureuse de l’éducation : accent mis pour le primaire sur les compétences de base (lire, écrire, compter), pour le secondaire sur le développement de la personne et la connaissance du monde, pour le collégial sur la prise en charge et le travail collectif, au niveau universitaire sur le savoir, la recherche scientifique et le travail multidisciplinaire.

8. Une constitution québécoise : création d’une commission sur la constitution québécoise avec mandat de consulter la population et de présenter un projet de constitution à l’Assemblée nationale, éventuellement soumis par référendum pour adoption.

Laval Gagnon

Chicoutimi