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L’énergie au service des régions? Deux poids, deux mesures!

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OPINION / La dernière trouvaille des bien-pensants du Québec des régions centrales pour révéler la vérité aux habitants d’une région-ressource comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean m’a frappé comme une pierre en plein visage: d’ici 2027, le Québec ne sera plus en surplus énergétique. L’Union des consommateurs a calculé que pour réaliser un projet comme GNL au Saguenay, il faudra nécessairement construire de nouvelles installations de production qui coûtent très cher, ce qui doublera au moins l’augmentation prévue d’ici 2030 de la facture d’électricité de tous les Québécois. Rien que ça!

Par Roger Boivin, président de Groupe Performance Stratégique

Savez-vous ce que c’est qu’un syllogisme? Non? Et bien en voici un bel exemple: le mur est blanc, la neige est blanche, donc le mur est en neige! Comme dans cette jolie petite phrase bien tournée, mais fort trompeuse, conclure qu’un projet régional comme GNL sera responsable à lui seul de doubler la majoration des coûts énergétiques de tout le Québec est, encore une fois, faire preuve de deux poids, deux mesures, à l’endroit des régions-ressources. Mais comment me direz-vous? En oubliant commodément toute une partie de l’équation. 

En effet, depuis 2000, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a «retourné» à Hydro-Québec plus de 600 MW d’énergie électrique, conséquence (heureuse pour le Québec des régions centrales) de la fermeture de toute une série d’usines (papeteries, scieries, fromageries, la moitié de l’aluminerie Arvida, etc.). L’approvisionnement électrique de toutes ces usines était assuré par des installations évidemment mises en service bien avant l’an 2000 et dont le coût de production était extrêmement bas. À partir de chiffres connus, on peut calculer qu’Hydro-Québec a pu tirer annuellement autour de 200 millions de profits supplémentaires du «retour» de ces 600 MW, soit environ 4 milliards $ en 20 ans. 

Mais pour l’Union des consommateurs, si nous avons à nouveau besoin de ces 600 MW pour réaliser un projet comme GNL, alors là non, on ne peut plus en tenir compte. Ainsi, quand notre région retourne de l’électricité très rentable au Québec, ça c’est acceptable, mais quand le Saguenay-Lac-Saint-Jean en a besoin, alors là c’est inacceptable, parce que c’est hors de prix de nous la retourner!

Un autre bel exemple de l’édifiante vision deux poids, deux mesures à l’endroit des régions-ressources est l’habile mécanisme de financement du Fonds des générations. En effet, ce fonds, dont l’objectif est de contribuer à rembourser la dette de tous les Québécois, est curieusement financé 6,5 fois plus par les habitants des régions-ressources que par ceux des régions centrales du Québec. Une formalité qui génère une ponction supplémentaire à même les régions-ressources, de plus d’un milliard juste cette année.

Depuis 1980, avec un développement économique en perte de vitesse par rapport au reste du Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a malheureusement déjà perdu 23 500 habitants et nous allons en perdre un autre 15 500 dans les 20 prochaines années, soit une baisse de 39 000 habitants ou de près de 14 %… Pendant ce temps, le reste du Québec aura vu sa population s’accroître de près de 45 %. Nous devons réagir, maintenant!

Nous sommes de fiers Québécois, nous n’avons aucun problème à contribuer de nos efforts et de nos richesses au développement de tout le Québec. Par contre, attention au discours que certains bien-pensants des régions centrales nous tiennent trop souvent, en nous considérant comme une simple réserve de ressources, de paysages ou de travailleurs dynamiques au service des grands centres. Nous habitons ce territoire de façon permanente et, nous aussi, nous réfléchissons aux meilleurs moyens pour continuer à le mettre en valeur de façon durable, à notre bénéfice et à celui des générations futures.

Quant au procès tous azimuts à l’endroit du projet GNL, une énergie de transition dont le monde a pourtant grand besoin, nous pouvons bien sûr refuser de produire ici, au Québec, le GNL le plus propre au monde. Il sera alors simplement produit par d’autres, ailleurs dans le monde, en émettant 85 % plus de GES que si nous l’avions réalisé chez nous, nous privant par le fait même de milliards de retombées économiques, dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean n’a pas les moyens de se passer. Vraiment tout un coup de maître!