«Les assurances de médecins le répètent depuis des années :  la plupart des poursuites auxquelles doivent répondre les médecins ne sont pas tant dues à des erreurs médicales, mais à des problèmes de communication ou de comportement.»

L'empathie s'entretient: aux médecins d'y veiller!

OPINION / Comment ne pas réagir à la chronique de Patrick Lagacé (La Presse +) sur ce médecin qui ne prend pas le temps de répondre à un de ses patients, parce qu'il en a un autre à voir. Racontée telle quelle, l'expérience de ce patient est inhumaine. Remise dans son contexte, elle montre à quel point, il est nécessaire de revoir l'organisation de notre système de santé.
Les médecins, du moins la très grande majorité d'entre nous, font très bien leur travail. Ils le font pour les bonnes raisons, avec compétence et humanité. Connaissant les conditions de pratiques dans lesquelles certains sont amenés à travailler, il peut cependant être parfois plus difficile pour tous de faire preuve, tout le temps, d'empathie.
Il faut en comprendre les raisons, les reconnaître et sensibiliser les médecins à ce qu'ils pourraient changer dans leur pratique pour éviter de se placer dans des situations ingérables. En faire trop devient parfois nuisible à tout le monde. Un médecin qui accepte trop de patients dans une même journée se mettra à risque de perdre son empathie.  
Les assurances de médecins le répètent depuis des années :  la plupart des poursuites auxquelles doivent répondre les médecins ne sont pas tant dues à des erreurs médicales, mais à des problèmes de communication ou de comportement.
Le Collège des médecins du Québec (CMQ) fait le même constat. Dans près de 30 % des demandes d'enquête, la qualité de la communication entre en jeu.
Sans même s'en rendre compte, ces médecins donnent une mauvaise image de toute la profession. Et nous ne devrions pas les laisser faire.
Le CMQ propose une formation pour améliorer l'empathie. En 2017, l'Association canadienne de protection médicale (ACPM) a décidé d'approfondir quatre programmes d'éducation. Trois portent sur des sujets reliés à la communication : l'amélioration de la communication avec les collègues, le renforcement du dialogue avec les patients et la réponse aux comportements non professionnels. Bien que toutes ces initiatives soient les bienvenues, elles ne suffisent pas. Elles sont facultatives et visiblement pas assez utilisées. Elles devraient être obligatoires pour ceux qui en ont besoin. Et c'est à nos pairs d'y veiller. Les médecins doivent s'autodiscipliner. C'est un des principes de base du professionnalisme.
En 2015, l'AMQ a présenté un premier rapport sur le contrat social passé de façon tacite entre les médecins et la société. Un contrat qui garantit aux médecins certains privilèges, comme l'autonomie et l'autorégulation en échange de la prise en charge de la santé de la population. S'ils veillent jalousement sur leur autonomie, ils le font parfois au détriment de l'autorégulation. Il est vrai qu'il n'est pas facile de reconnaître les torts d'un confrère, mais quand une mauvaise habitude entache toute la profession au point de miner la confiance de la population, on ne peut plus hésiter.
On ne le répétera jamais assez, on ne parle pas ici de la majorité des médecins, mais d'une minorité et si certains médecins sont plus à risque, parce qu'ils travaillent dans une spécialité où ils doivent annoncer de mauvaises nouvelles quasi quotidiennement, il faut intervenir pour que leurs patients ne soient plus confrontés à la banalisation de leur maladie.
Dr Hugo Viens, B. Sc., M. D., FRCSC, président de l'Association médicale du Québec