L’Aluminerie de Bécancour (ABI) a placé ses 1000 travailleurs en lockout depuis maintenant 17 mois.

L’effet de François Legault et de l’entente chez Alcoa Baie-Comeau

OPINIONS / L’auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières et directeur de l’Observatoire des relations de travail.

L’Aluminerie de Bécancour (ABI) a placé ses 1000 travailleurs en lockout depuis maintenant 17 mois. Puis il a quelques semaines, une entente intervient chez Alcoa Baie-Comeau faisant suite à une négociation de moins de quatre mois. Acceptée par 87% des salariés, elle renouvelle la convention collective pour une durée de six ans.

François Legault avait promis d’intervenir dans le conflit de l’ABI pendant la dernière campagne électorale. Suite à son élection, un conseil de médiation de trois personnes, présidé par Lucien Bouchard ne donne aucun résultat, pour finalement en arriver au dépôt d’une hypothèse de règlement tassée du revers de la main par le syndicat. Finalement, vient le coup de semonce du premier-ministre François Legault jugeant les demandes syndicales comme étant déraisonnables. Tout cela a rebondi récemment jusqu’à l’Organisation internationale du travail.

L’entente de Baie-Comeau indique qu’Alcoa a concédé des conditions de travail supérieures à son offre de Bécancour notamment sur le plan des salaires, de la sous-traitance et du régime de retraite. Coincés dans un régime de relations de travail confrontant, les travailleurs de l’ABI avaient acquis avec le temps une réputation éminemment perfectible. D’une usine qui réalisait essentiellement ses objectifs de production, une rumeur laissait croire qu’ils s’adonnaient à des activités improductives. Par ailleurs, des quotas de production obligeaient apparemment l’employeur à recourir à du temps supplémentaire alors que de la main-d’œuvre sur place était disponible pour intervenir. Fondé ou non, cela interpelle le management de l’usine, pas seulement les ouvriers. Ainsi, l’Aluminerie de Bécancour serait sans doute mûre pour une réorganisation du travail. A priori, les travailleurs de l’ABI sont aussi compétents que les travailleurs de Baie-Comeau ou d’ailleurs. C’est le système de relations de travail dans lequel ils sont insérés, caractérisé par la méfiance et la confrontation, qui ne fonctionne pas.

Le profil sociodémographique de la force active, lors de la réouverture de l’usine ABI, sera différent de celui qui était en place au début du lockout en janvier 2018. Déjà, 146 lockoutés et une douzaine de cadres ont quitté. Les acteurs sociaux, employeur et représentants des travailleurs, devront impérativement, après le redémarrage de l’usine, œuvrer dans un cadre plus coopératif et plus confiant. Il appartient à l’employeur de diriger d’une manière compétente. Par ailleurs, il relève du syndicat de voir au respect des conditions de travail négociées. Travailleurs et employeur doivent être fiers l’un de l’autre. Or à l’ABI, tout laisse croire qu’ils ne le sont pas suffisamment.

Les salariés de l’ABI méritent des conditions de travail compétitives avec celles versées dans le secteur de l’aluminium au Québec. À cet égard, l’entente intervenue à Baie-Comeau ne peut être ignorée puisqu’il s’agit du même employeur dans deux alumineries de première fusion. Ce serait aussi un bon moment pour relancer la médiation sous l’angle de l’expérience enrichissante de l’Aluminerie Alcoa à Baie-Comeau. Lors du redémarrage de l’Aluminerie de Bécancour, les nouvelles conditions de travail devront provenir d’une négociation qui, jusqu’à ce jour, n’a pas fonctionné. C’est dorénavant dans un contexte abondamment politisé par le premier ministre François Legault que les parties syndicale et patronale à Bécancour, devront renouer avec le dialogue social dans un secteur manufacturier déjà réputé pour offrir des conditions de travail enviables.