Le vide religieux

Comme croyant, la décision de la Cour suprême d'abolir la prière à l'hôtel de Ville de Saguenay et ailleurs ne m'affecte pas du tout.
Je suis relativement à l'aise avec l'idée de la neutralité de l'État dans la sphère publique. Pour moi, le problème n'est pas là. Il est dans l'immense vide religieux créé par la société laïque. Il existe un fait incontournable. La mise au rancart de Dieu, autant au plan personnel que collectif, n'équivaut pas pour autant à une disparition du besoin religieux. Ce besoin, comme l'a si bien montré Carl Jung, est quelque chose d'inné dans l'être humain, un «archétype» de la personne. Qu'on le veuille ou non, ce vide religieux, qui est en réalité le vide de Dieu, demeurera toujours présent dans la nappe phréatique de notre conscience et de notre culture.
Prenons l'exemple de la France. S'il est un pays au monde voué corps et âme à la laïcité, c'est bien elle. Or, que se passe-t-il? Ironie du sort, étrange paradoxe, le principe du «Dieu hors de la politique et de la sphère publique» se retrouve confronté à la montée de la religion musulmane, fondamentalement théocratique dans son organisation sociale, politique, judiciaire et culturelle. Cette religion monothéiste comble progressivement, mais de façon irréversible, le vide de Dieu décrété par la société française qui a massivement rejeté le catholicisme. De fait, il existe présentement en France 2500 mosquées et le responsable de la société musulmane anticipait doubler le nombre d'ici cinq ans. Si la tendance se maintient, je souhaite bonne chance à la société laïque française.
Que va-t-il se passer au Québec? La même chose. La faiblesse du christianisme et son rejet par la société québécoise fera en sorte que le sentiment religieux sera assumé par la religion islamique parce que fortement motivée par le désir d'expansion universelle. Cette religion est d'ailleurs en nette progression dans notre province. Le Québec laïc n'aura pas le choix de constater qu'on ne se débarrasse pas aussi facilement de l'idée de Dieu. Comme si Dieu, à l'instar de sa création, avait horreur du vide!
Jean-Paul Simard
Saguenay