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Le sport étudiant comme outil de persévérance scolaire

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / Nous avons récemment souligné la semaine de la persévérance scolaire. Tout comme nous le rappelle le Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CREPAS), avoir un diplôme, ça multiplie les chances d’avoir un emploi bien rémunéré, diminue le risque de chômer, facilite l’intégration au milieu du travail, c’est associé à un mode de vie plus sain et à l’augmentation de l’espérance de vie.

Par Étienne Hébert, Ph.D., professeur en psychologie au département des sciences de la santé de l’UQAC

De façon parallèle, il est quotidiennement question de la reprise des activités sportives, dont le sport étudiant. Si l’on considérait le sport étudiant comme un simple passe-temps, une façon de garder les étudiants à l’école comme on fait garder ses enfants, sa reprise aurait été tout à fait secondaire à la crise sanitaire actuelle.

Or, rien n’est plus faux. Les concentrations sportives et sports-études comportent de nombreux bienfaits bien connus qui vont bien au-delà du temps passé à l’école. Soulignons d’abord qu’ils contribuent à une santé mentale positive, notamment parce qu’ils permettent de s’aérer l’esprit et d’évacuer le « trop plein ». Le développement de compétences qui peuvent être utiles au cours de la vie constitue également l’un des effets collatéraux importants de la pratique sportive. Pensons par exemple au développement de l’estime de soi, du sentiment de confiance quant à sa capacité à réaliser des tâches, à l’apprentissage de la responsabilisation de ses actes, au développement de l’éthique et du travail en équipe, des habiletés de communication, ainsi qu’à la résolution de problèmes et le développement de la créativité. De même, l’adolescence est une période de construction de l’identité ; une période au cours de laquelle les adolescents découvrent entre autres leurs capacités et leurs limites. Le sport-étudiant peut contribuer plus que positivement à cette construction. Tous ces bienfaits sont non seulement évidents pour quiconque a fait du sport étudiant, mais ils ont aussi été amplement documentés.

Il existe encore un autre bénéfice au sport étudiant, celui de la motivation qu’il entraîne. En effet, il est courant d’entendre des parents, des entraîneurs, des professeurs et des adolescents eux-mêmes dire que le sport étudiant a constitué une source de motivation importante à leur réussite scolaire. Cette idée fait aujourd’hui pratiquement partie de la culture populaire. Le mécanisme qui permet de donner valeur de vérité à cette affirmation est toutefois méconnu.

Le modèle hiérarchique de la motivation nous permet de le comprendre. Selon ce modèle, la motivation est divisée en différents niveaux hiérarchiques. Nous possédons d’abord une motivation globale, soit une prédisposition à être motivée à faire les choses. Cette motivation peut être intrinsèque (faire une activité simplement pour le plaisir qu’on y retrouve) ou extrinsèque (faire une activité pour obtenir quelque chose qui lui est contingent). Cette motivation globale teinte les différentes activités que nous entreprenons. Les adolescents arrivent donc tous à l’école et dans le sport avec une prédisposition motivationnelle générale. Cela les mène à développer une motivation propre à différents contextes selon ce qu’ils y retrouvent, soit une motivation scolaire et une motivation sportive.

Lorsque l’on dit que le sport aide les jeunes à rester à l’école, cela sous-tend que la motivation à faire du sport est meilleure ou plus forte que la motivation à aller à l’école. Cela nous mène au premier pari que nous faisons par l’entremise du sport-étudiant : les étudiants-athlètes feront le nécessaire pour demeurer éligibles à pratiquer leur sport. Le second pari que l’on fait par le biais du sport étudiant, c’est que la motivation sportive va finir par avoir un effet sur la motivation scolaire et va même, au fil du temps, contribuer à l’augmenter. À mon avis, il s’agit là du phénomène le plus intéressant. Ainsi, par le sport, on ne fait pas que maintenir les jeunes à l’école, mais on espère augmenter leur motivation scolaire. De même et logiquement, une relation positive a été observée entre la performance scolaire et la participation à des activités sportives.

Malgré toutes ces connaissances, il est observé que les jeunes abandonnent le sport dans une grande proportion à partir de l’âge de 13 ans. Lorsqu’ils sont questionnés à ce sujet, ils rapportent notamment que la pratique du sport ne leur permet plus de réaliser des apprentissages, qu’ils n’ont plus de plaisir, qu’ils se sentent isolés de leurs amis, qu’ils n’ont plus de plaisir à compétitionner, que les défis ne sont plus intéressants et qu’ils échouent sans cesse. Comment en sommes-nous donc arrivés là ? Notamment par une trop grande importance accordée à la victoire à tout prix. En effet, l’objectif du sport étudiant ne devrait pas être de gagner le plus de médailles possible, mais de développer au meilleur d’elles-mêmes les capacités sportives d’étudiants-athlètes ainsi que de développer des citoyens qui seront à même d’avoir une contribution sociale significative. Parmi tous ceux qui font du sport étudiant, c’est une infime portion qui atteindra des niveaux internationaux ou professionnels, et il est connu aujourd’hui que même ces derniers gagnent à développer autre chose que leurs compétences sportives.

Ainsi, le sport étudiant devrait être valorisé pour ce qu’il permet réellement de développer et pour sa fonction de motivation. Il ne semble donc que logique de travailler à mettre en place des conditions qui favorisent la poursuite du sport étudiant à travers tout le parcours scolaire. Quelles sont ces conditions ? La recherche nous a permis de constater qu’un climat orienté vers l’apprentissage et l’implication, et non vers la victoire, contribue à l’amélioration de la motivation intrinsèque et la confiance en soi, tout comme un environnement qui renforce l’amélioration et non la comparaison sociale, ainsi qu’un apprentissage qui valorise le travail en groupe et qui s’inscrit dans la poursuite de bons objectifs. En somme, s’il est pratiqué dans de bonnes conditions, le sport étudiant est un excellent outil pour favoriser la persévérance scolaire et contribuer au développement des étudiants. Il est à souhaiter que cette pause forcée nous ait permis de le réaliser et de recadrer ses véritables fonctions.