Le schéma de Saguenay

Au moment de produire son nouveau Schéma d’aménagement et de développement (SAD), Saguenay ne dispose pas d’un monitoring documenté et fiable de ce qu’est devenue la ville depuis la fusion en 2001.

Pourquoi ? Le premier SAD, perfectible, c’est le moins qu’on puisse dire, a été adopté en 2007, sans grand débat en raison du dirigisme de l’administration Tremblay. En juin 2011, le maire avait ses propres priorités et on a ajouté un plan d’action et une stratégie de mise en œuvre sans changer le SAD. On retrouve aujourd’hui, sur le site de la Ville, ce plan d’action de quelques pages et le document complet du Schéma d’aménagement et de développement de 2007, avec les données de 2006. Ces outils de planification et d’intervention, clairement dépassés, ne comprennent aucune directive de suivi, aucune cible précise ni d’échéances et peu de résultats attendus.

Pour des motifs politiques qu’on peut comprendre, et pour respecter les échéances gouvernementales en matière d’aménagement du territoire et de développement, l’administration Néron s’est lancée rapidement dans une besogneuse consultation de la population, avec un sondage et une série de rencontres citoyennes. Quelques jours après la publication du rapport de la firme spécialisée de l’extérieur, le conseil municipal adoptait une vision stratégique intitulée Saguenay 2035/L’attractivité naturelle de la vitalité urbaine. Cette vision stratégique est empreinte de lyrisme, résolument optimiste et évocatrice, d’une si vertueuse intention qu’on se retient d’une analyse critique. Quant au rapport, il est sans doute fidèle aux propos et suggestions des citoyens et citoyennes lors des activités de consultation.

Mais par son foisonnement et sa dispersion, ce catalogue de bonnes intentions montre la limite d’une opération où la parole de l’un vaut sans appel celle de l’autre, quelle qu’en soit l’expertise.

Mais la question principale demeure. À Saguenay, peut-on efficacement planifier durablement l’avenir, soit l’aménagement du territoire et le développement municipal, sans avoir un portrait historique, complet, précis, documenté de ce qu’est devenue la Ville fusionnée à l’approche de sa vingtième année d’existence ? Comment ont évolué chacun des arrondissements, le marché du travail, les services municipaux, l’activité économique, le réseau routier et les artères commerciales, les services tertiaires privés et les services publics gouvernementaux, les zones industrielles, les caractéristiques sociodémographiques, les zones industrielles et agricoles, etc.

Certes, il n’est pas trop tard pour s’y mettre. Pour y arriver, la première charge repose sur les élus municipaux (et pas seulement sur la mairesse) dont le premier défi est de se sortir un peu de la microgestion de leur quartier et des enjeux particuliers de leur arrondissement, pour se projeter dans une vision rassembleuse bien incarnée dans la réalité.

On dit de la politique que c’est l’art du possible. Saguenay l’est-elle… possible ?

Laval Gagnon

Chicoutimi