Le régime forestier en question

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Le Quotidien
OPINION / Sans la force de frappe administrée il y a 20 ans par L’Erreur boréale de l’artiste Richard Desjardins, en quoi consisterait, aujourd’hui, notre parterre forestier de 26 millions d’hectares de forêts au Québec? Un champ de ruines de plus en plus vaste. Il s’agit de visionner les images présentées et narrées par le chanteur engagé pour s’en convaincre.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

Selon les industriels, le régime forestier, issu de la commission d’enquête Coulombe, ajusté aux besoins de tous et toutes, a fait augmenter le coût de la fibre de bois de 30%. C’est ce que révèle le journal Le Quotidien du 17 octobre dernier par le biais de son journaliste, Guillaume Roy. Ce qui reste à démontrer, comme le laisse sous-entendre M. Roy.

Mais peu importe. Cette hausse des coûts de production, si elle est, en partie, due à une fibre plus chère, ne semble pas avoir fait fuir les actionnaires toujours à l’affût des meilleures affaires pour leur porte-feuilles. Ni d’ailleurs une compagnie telle que Produits forestiers Résolu (PFR). Cela s’explique par le fait que PFR est drôlement gâtée de profiter de nos rivières pour faire fonctionner ses usines. Ça ne lui coûte presque rien en énergie.

Si le marché de l’industrie forestière a tant souffert au cours des dernières décennies, c’est pour des raisons bien plus véritables que la prétendue hausse du coût de la fibre. Que l’on pense aux tarifs douaniers imposés à la frontière canado-américaine; à la crise du papier journal dans le monde entier; à la compétitivité des pays scandinaves, plus verts qu’ici, depuis longtemps.

Qu’à cela ne tienne, notre industrie forestière n’a pas baissé les bras. Bien au contraire! Elle en est rendue à faire du recyclage de ses activités traditionnelles au profit, notamment, de la fabrication vestimentaire, avec la production de la fibre cellulosique: un produit promis à beaucoup d’avenir.

Mais combien d’autres produits peuvent être développés grâce à la culture de l’arbre? Prenons la bioénergie. À la limite, l’industrie forestière pourrait-elle s’autoalimenter en énergie par l’utilisation de la biomasse qu’elle abandonne toujours sur le parterre forestier, à la suite des récoltes d’arbres? Ce serait une belle façon de laisser tout naturellement couler les belles rivières qui restent. Mais encore faudrait-il que des élus visionnaires croient la chose possible.

L’actionnaire visionnaire persistant pourvu d’une certaine fibre écologique l’a probablement bien compris, lui. Grâce à lui, une compagnie comme PFR, non seulement a survécu, mais a présentement le vent en poupe parce qu’elle commence à profiter d’une position privilégiée, bien qu’indépendante de sa volonté, en matière d’économie verte. Pour mettre ses produits sur le marché, la compagnie utilise une ressource renouvelable qui séquestre du carbone, tout en répondant aux attentes des consommateurs et fabrique ces produits avec de l’énergie renouvelable: l’eau qui coule. Le saint Graal, quoi.

Le parterre forestier appartient à tout le monde et le régime forestier a été mis en place pour que ça ne soit pas un voeu pieux. Également, à cause de la délinquance, l’insouciance et l’irresponsabilité guidée par la cupidité de capitalistes. Bien que moins pire qu’avant la commission d’enquête Coulombe pour mettre fin à une récréation perfide trop longtemps tolérée dans la forêt québécoise, il y a très loin de la coupe aux lèvres, comme l’avouait, récemment, toujours déçu, Richard Desjardins.

Si bien qu’encore aujourd’hui, deux questions parmi d’autres demeurent. Nos forêts reçoivent-elles tout le respect qu’elles méritent, à titre de ressource naturelle? Les moeurs se sont-elles vraiment améliorées en une décennie? Les réponses ne sont pas simples et devraient faire l’objet d’un audit indépendant.