Le recul du français, jusque dans ma case postale

OPINION / Madame Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation,

Ce n’est certainement pas à vous que j’apprendrai qu’une récente étude dont les médias ont largement fait état a révélé que l’anglais progresse dans les commerces au Québec et que les jeunes ne s’en formalisent guère. Cela se passe surtout à Montréal, nous dit-on, ce qui devrait rassurer les régions jusqu’à un certain point.

Or, il y a quelques jours, à Chicoutimi même, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, je découvre dans ma case postale un catalogue d’une entreprise du nom de « ULINE », un pavé de 26 par 21 cm et de 787 pages, tout en anglais. Pas un mot français là-dedans !

Comme ma case postale est tout ce qu’il y a de plus ordinaire et qu’il se perd parmi quelque cinquante pareils dans une boîte communautaire, je n’ai pas besoin de faire un grand effort de déduction pour imaginer que le document a été distribué très largement au Québec, au nez et à la barbe de la Loi 101. Est-ce légal, un tel envahissement, un tel irrespect ? Ça n’a en tout cas aucune légitimité. En même temps, je reçois d’une entreprise qui se fait appeler « Goodfood » une carte qui m’offre un rabais de 45 $ sur des ingrédients destinés à fabriquer des mets maison avec l’illusion de les inventer. Sur cette carte, au moins, il y a quelques mots français.

ULINE est une entreprise étasunienne, manifestement, mais ce n’est pas vraiment mentionné. Quant à Goodfood, j’ai dû déployer quelques ruses pour apprendre, à partir de son site Web bourré de fautes, qu’elle a son siège social en Iowa. Toutes deux, bien entendu, ne se soucient guère d’avoir un nom francophone. Elles n’ont guère envie non plus de se préoccuper de quelques communautés d’expression française d’Amérique du Nord, des enclaves anachroniques promises de toute façon à l’assimilation !

Le gouvernement peut-il faire quelque chose contre de telles invasions ? Chose certaine, le citoyen lambda n’a aucune emprise sur ces initiatives que je qualifie d’hostiles. Qui plus est, je suis persuadé que nombre de nos gens, dans leur frénésie de consommation, vont se laisser séduire par les èches proposées et faire taire leur esprit critique. C’est justement cela que dénonce la récente étude sur le recul du français. J’ajoute de plus que l’économie du Québec ne gagnera assurément rien à laisser aller ce genre de choses.

À tout hasard, je vous soumets le problème. Moi, je suis désarmé devant lui et je n’ai qu’une ressource, mettre le tout dans mon bac bleu, ce à quoi je ne manquerai pas, non sans avoir taillé en pièces la carte cadeau.

Clément Martel

Chicoutimi

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UN APPEL À LA RÉFLEXION

Un excellent article dans Le Quotidien du jeudi 11 avril, en page 7, paru sous la plume du journaliste Denis Villeneuve, nous présente l’intéressant projet de Jacques Pelletier en rapport avec le nom de notre ville fusionnée en 2002.

L’ex-président du Mouvement Chicoutimi, auteur d’un long travail de recherche sur le sujet, a d’abord démontré que le processus de consultation utilisé en 2002 pour choisir le nom de la nouvelle ville était inapproprié. Il fait ensuite une proposition des plus pertinentes en invitant la population et ses élus à réfléchir à nouveau sur cette question en instituant une commission indépendante dédiée à cette fin.

Concitoyens, concitoyennes, pourquoi n’accepterions-nous pas d’appuyer une telle démarche citoyenne qui pourrait éventuellement corriger ce que l’anthropologue et vulgarisateur bien connu, Serge Bouchard, a écrit, à savoir que la disparition du mot Chicoutimi pour désigner la nouvelle ville a été « une profonde erreur de parcours » ? Il avoue même avoir rêvé à la renaissance de ce mot. Ce faisant, ce ne serait pas désavouer le mot Saguenay, qui est déjà bien utilisé pour désigner la rivière et une partie de notre région.

Florent Villeneuve

Chicoutimi