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Le projet GNL mal barré

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Le Quotidien
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OPINION / Le projet de construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel de GNL bat de l’aile. Comme disent nos cousins français, il est mal barré.

Par Richard Banford, Ex-chef de cabinet de Jean Tremblay, Saguenay

Faut-il s’en étonner ? Daniel Côté, dans son dernier éditorial, soulignait le fossé entre les régions et les grands centres. Un sondage Léger auprès d’une majorité de Montréalais suggérait que les gens ne voulaient pas du projet de GNL à Saguenay et une majorité de sondés ne savaient même pas de quoi il s’agissait.

Puis, cette semaine, voilà que les leaders écolos déposent une pétition signée par 110 000 personnes s’opposant à ce projet dans notre région. On peut, sans peur de se tromper, présumer que parmi ces 110 000, on ne retrouve pas beaucoup de Saguenéens.

Et il y a pire. Dans notre propre région, on est divisés. Non seulement nos leaders politiques ne défendent ce projet que du bout des lèvres, mais certains sont carrément contre. Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, ex-candidat à la chefferie du Parti québécois, fait campagne contre le projet. La mairesse de Saguenay, Josée Néron, et certains conseillers, comme Kevin Armstrong, se réfugient derrière l’attente du rapport du BAPE. La table des maires, majoritairement occupée par les maires du Lac-Saint-Jean, refuse de se prononcer en faveur du projet.

Bref, la concertation, qui occupe le discours de tous nos politiciens depuis des décennies, n’y est pas. Au contraire, on revient encore à l’historique querelle entre le Lac et le Saguenay. Tout ce qui vient de Saguenay n’a pas la cote au Lac-Saint-Jean. On nous en a fourni encore une preuve dans le dossier de Métaux BlackRock, ce gisement de titane magnétite qu’on voudrait transformer à Saguenay. Les leaders du Haut-du-Lac suggèrent plutôt que le transport se fasse par train jusqu’à Baie-Comeau. Ils ont même obtenu une subvention gouvernementale de 7 millions $ pour étudier la possibilité de construire une voie ferrée de 250 kilomètres vers Baie-Comeau.

Et pendant ce temps, à Saguenay, depuis qu’une nouvelle administration municipale s’est installée, on est revenus à la préfusion. Les conseillers de Jonquière se rebellent contre ceux de Chicoutimi. Rares sont les gens d’affaires de Jonquière qui seraient prêts à déchirer leur chemise sur la place publique pour sauver les grands projets que l’on veut installer dans le parc industriel de Grande-Anse.

J’aurais aimé voir la réaction de l’ex-maire Jean Tremblay si un projet avait subi un tel barrage dans sa ville du temps de son administration. On ne parle pas d’un projet de quelques millions, on vise ici à injecter des centaines de millions pour transformer à Saguenay du gaz naturel qu’on vendra à des pays pollueurs qui misent encore essentiellement sur le charbon pour se fournir en énergie. On parle aussi d’un projet déclencheur dont la production énergétique constitue une tête de pont pour d’autres grandes entreprises. On parle surtout d’un projet novateur et mobilisateur qui constitue une ouverture pour la rétention de nos cerveaux et de nos jeunes familles.

À croire qu’on veut plomber notre économie dans le secteur de la clientèle des personnes âgées. On a pris plus de 40 ans à obtenir une route à quatre voies dans la Réserve faunique des Laurentides, une vingtaine d’années à relier le Lac et le Saguenay par une autoroute – toujours pas terminée –, on a perdu la bataille du champ de tir, celle de Walmart et on ne peut plus freiner la régression des activités chez les donneurs d’ouvrage comme Rio Tinto et Résolu.

Même si le ministre de l’Environnement Benoît Charette et notre ministre régionale, Andrée Laforest, et quelques têtes dirigeantes, comme le député conservateur Richard Martel et le préfet Gérald Savard, donnent leur accord au projet, on sent que les manifestations déroutantes des environnementalistes mettent le premier ministre Legault sur la défensive. L’ardeur pour défendre GNL, démontrée par le PM au cours de sa visite chez nous l’an dernier, ne s’est pas transportée à l’Assemblée nationale cette semaine. Cette fois, les environnementalistes ont remporté la victoire de la visibilité ; il faut souhaiter que GNL n’ait pas perdu la guerre...