Le pouvoir de l'opposition

OPINION / Au cours des derniers jours, le dossier du soccerdôme a fait couler beaucoup d’encre. Bien que les réactions soient majoritairement favorables à un projet piloté par de Saguenay, on a pu entendre certains commentaires sous-entendant que les députés locaux de l’opposition ne pouvaient rien faire dans ce dossier.

Voilà un exemple classique de vieille politique binaire qui, au fond, en vient à nuire directement aux citoyens et citoyennes qui élisent des représentants pour défendre leurs intérêts.

Soyons clairs : tous les partis politiques et tous les candidats souhaitent gagner. Car le parti au pouvoir impose son agenda, établit ses priorités et construit des programmes.

Mais un coup l’élection passée, tous les députés, de tous les partis, doivent naviguer dans le même appareil administratif, l’État, qui gère les programmes de financement disponibles.

Il appartient alors à tous les députés, au pouvoir ou non, de jouer au besoin leur rôle de courroie de transmission entre ces programmes et leurs commettants, organismes et municipalités qui ont des projets structurants pour leur communauté, comme le soccerdôme. Car la réalité, c’est que le financement éventuel d’un soccerdôme passera inévitablement par un ou plusieurs programmes.

Malheureusement, le cynisme ne découle pas seulement de promesses électoralistes mal avisées. Il trouve également sa source dans la perpétuation de ce mythe selon lequel un député au pouvoir peut régler tous nos problèmes de développement régional comme par magie, alors qu’un député de l’Opposition croupit dans les limbes de l’impuissance.

Au final, ce genre de mythe et cette façon de penser, que plusieurs perpétuent à des fins partisanes, prive le citoyen même de son pouvoir, minimise le rôle de la mobilisation des communautés dans le développement des projets et nous enferme dans des guerres de clochers stériles entre comtés « favorisés » et « défavorisés ». Nos projets collectifs et le soccerdôme ne pourront être réalisés qu’ensemble, avec l’implication de tous et dans le cadre du consensus que nous pourrons dégager en tant que collectivité.

Karine Trudel, Députée de Jonquière

Chicoutimi, une jouissance

OPINION / Dernièrement nous avons vécu un événement important à Chicoutimi. Pour la première fois depuis 140 ans, un prêtre de notre région est ordonné évêque du diocèse de Chicoutimi, à la Cathédrale de Chicoutimi. Depuis 15 ans, on n’a jamais entendu le nom Chicoutimi avec autant de répétitions, prononcé avec pleine liberté. Une jouissance auditive parce que c’était l’identification officielle, la position exacte des lieux, la libération du nom Chicoutimi, pour situer avec précision les intéressés par l’événement sans que « Saguenay » vienne ridiculiser la nouvelle.

J’ai écrit déjà plusieurs articles sur le nom de la ville. Je constate que depuis le changement du conseil municipal, les journalistes, particulièrement ceux de Radio-Canada, utilisent de plus en plus souvent le nom Chicoutimi lorsque le contexte s’y prête. Quand j’entendais un journaliste dire : « les cyclistes sont partis de La Baie pour se rendre à Saguenay », « les cyclistes qui font le tour du Lac-Saint-Jean sont à Jonquière et demain seront à Saguenay, un événement important à l’Université du Québec à Chicoutimi, à Saguenay. » L’interdiction de prononcer « Chicoutimi » était évidente. C’est comme s’il disait « ils sont partis de Saguenay pour se rendre à Saguenay ». Vraiment bizarre comme information. 

Ce n’est pas par esprit fanatique que je m’intéresse au nom de la ville, c’est simplement pour la valeur historique et patrimoniale, pour se sortir du ridicule, pour retrouver une vraie identité. On se bat pour conserver les églises, les chapelles, les maisons ancestrales, de vieux meubles, alors qu’on a supprimé sans respect le nom Chicoutimi. C’est à Chicoutimi que sont arrivés les premiers colons pour installer le premier poste de traite, donc les premiers commerces, la première chapelle, les premières communautés religieuses, etc. C’est ainsi que s’est développé Chicoutimi. Pourquoi a-t-on tout fait pour écraser le nom Chicoutimi ? Saguenay n’a aucune valeur identitaire, un royaume qui n’a jamais existé. Les principaux acteurs d’alors n’ont pas écouté la Commission de toponymie, ni les historiens, ni la Société historique qui prônaient Chicoutimi. 

Je sais que le Mouvement Chicoutimi travaille pour redonner à la ville fusionnée le nom qui lui revient pour sa valeur historique et patrimoniale. La grande ville se nommerait Chicoutimi, mais chaque arrondissement garderait son nom d’origine, Jonquière, Kénogami, Arvida, Laterrière, Chicoutimi, Port-Alfred, Bagotville, Grande-Baie. Tout comme à Montréal, on se situe correctement avec St-Léonard, Anjou, Côte-des-Neiges, La Chine, Ahuntsic, etc. 

Je sais aussi, de sources officielles, que : oui c’est possible « le gouvernement peut en tout temps changer le nom de la ville si celle-ci le demande » art. 1 du décret. Donc, pas besoin de refaire une consultation ni un référendum. Le Conseil de ville n’a qu’a faire la demande au ministre des Affaires municipales.

On s’est moqué de l’histoire, mais cette dernière n’oublie jamais.

J’aimerais bien que les gens expriment leur opinion sur ce sujet.

Pauline Brassard, Chicoutimi