Le patrimoine et le respect de la mémoire

OPINION / La décision de Québec de reconnaître Arvida comme site patrimonial au même titre que les villes de Québec et Percé est aussi surprenante qu’agréable. Là où presque tous les ministres de la Culture ont tergiversé et se sont traîné les pieds, Nathalie Roy est intervenue rapidement. Arvida est sans contredit exceptionnelle à bien des égards.

L’urbanisme et l’architecture la distinguent de manière déterminante. Sa construction en 1929, en 135 jours, marque l’entrée de la région dans l’ère industrielle. L’urbanisation s’accélère. La subsistance fait place tranquillement au développement économique généré par les grandes entreprises. Bien des pères, comme le mien, ont gagné la vie de leur famille pendant plusieurs décennies dans le « plant d’aluminium ». Beaucoup y ont laissé leur santé.

Quelques années plus tôt, la construction des barrages avait occasionné des inondations catastrophiques pour les agriculteurs de Belle Rivière et pour les citoyens de Saint-Charles-de-Bourget et de Saint-Cyriac qui ont été déplacés sans autre forme de procès.

Ceci n’enlève rien au travail patient d’un conseiller municipal et de citoyens convaincus d’Arvida qui a conduit à une reconnaissance suffisamment importante pour ouvrir les portes des subventions et du développement d’un attrait touristique aux retombées insoupçonnables. Ne manque plus que la reconnaissance de l’UNESCO.

Pendant que cette bonne nouvelle faisait la une, à une dizaine de kilomètres d’Arvida, le hasard m’a conduit sur la rue Saint-Jacques, la rue de mon enfance, dans l’ancienne paroisse Saint-Laurent de Jonquière. Les mots me manquent pour décrire les hauts-le-cœur que j’ai ressentis devant la « cour à scrap » que la ville de Saguenay endure depuis tant d’années devant cette église, jadis reconnue patrimoniale.

La pièce principale est un « boom truck » près de la rue, suivi, dans l’entrée principale, de quelques voitures stationnées en parallèle jusqu’à un camion cube blanc sur lequel est inscrit en orange « ramasse-toé ». À côté de l’ancien presbytère, une roulotte et, juste devant, un VTT, le tout — église et presbytère — bordé de deux rangées de feuillus centenaires.

Le cœur m’en lève. Je n’ai jamais vu tel décor nulle part dans la région, au Québec ou ailleurs dans le monde où j’ai mis les pieds. Un paysage de guerre dans un pays qui ne l’a jamais connue.

Le plus étonnant, c’est le silence et l’inaction de Saguenay. Depuis tout ce temps, la ville laisse empoisonner l’environnement de toute une communauté qui se voit imposer un décor ignoble et déprimant. Paysage qui a perdu sa mention patrimoniale au même titre qu’une commission d’urbanisme, qui a laissé étouffer l’église de Fatima par un développement immobilier.

L’édifice avait, d’avance, perdu sa cause, faute de combattants et, surtout, faute d’argent pour la faire reconnaître. OK ! Mais où est le conseiller municipal de ce quartier ?

Cette église a été bâtie avec l’argent de paroissiens qui s’y sont succédé pendant quelques générations pour assister à des baptêmes, des mariages ou des funérailles. Si on ne reconnaît pas le patrimoine, on pourrait au moins afficher un minimum de respect pour la mémoire et les souvenirs que les édifices religieux contiennent.

Dans cet univers où la valeur se calcule en argent sonnant, j’ai bien peur que la ville risque de se faire répondre, par la sentence célèbre de la Chambre de commerce : « Y’a pas juste les paysages, y’a les emplois ! ».

Rosaire Gagnon

Saint-Ambroise

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LA TRANSITION AU VERT EST VITALE

OPINION / La tarification d’une taxe sur le carbone est refusée par un nombre croissant de provinces, nous dit-on. C’est vraiment scandaleux.

En Europe, depuis 2005, 14 000 usines dans 31 pays comptant pour plus de 40 % des émissions européennes de GES les ont fait baisser de 10 % en moyenne par année. Non seulement ces entreprises font aussi bien que les autres, mais affichent des revenus de 7 à 18 % supérieurs à ceux qu’ils auraient obtenus sans effort de transition verte ; alors que leurs actifs ont cru de 6 à 10 % de plus que ceux des usines qui ne font rien pour changer. Et tout cela même si le nombre d’employés et les profits sont demeurés similaires.

Cela démontre aux politiques et aux entreprises canadiennes qui attendent de se voir acculer au pied du mur pour agir que non seulement la transition vers l’économie verte est avantageuse pour elles, mais pourrait aussi s’avérer payante pour tous.

Ces données proviennent d’études documentées effectuées par l’OCDE et la Commission mondiale sur l’économie et le climat. D’ici 2030, on parle de gains économiques de 2000 G de $ US, 65 millions d’emplois verts et 700 000 décès prématurés évités dus à la pollution de l’air.

Si les politiques et les industriels qui font de l’aveuglement volontaire malgré tout ce que nous révèlent les experts et les scientifiques, ils devront répondre un jour de leur immobilisme crasse devant l’opinion publique.

Messieurs et mesdames, n’attendez pas une vague planétaire des « gilets jaunes » pour sortir de votre torpeur.

Marcel Lapointe

Jonquière