La Maison Isidore-Gauthier, construite en 1868 et située sur le boulevard du Saguenay Est à Chicoutimi, avait été démolie en mai.
La Maison Isidore-Gauthier, construite en 1868 et située sur le boulevard du Saguenay Est à Chicoutimi, avait été démolie en mai.

Le patrimoine bâti mérite mieux

OPINION / Et voilà la chose expédiée. Désormais, trois conseillers municipaux étudieront les demandes de démolition des bâtiments. Ça fait longtemps que cela aurait dû être fait. Une question me vient: si pour construire cela prend un permis, pour démolir alors, non?

Par ailleurs, est-ce seulement cela, la protection du patrimoine bâti? Étudier des demandes de démolition? Quand on parle d’une maison de 150 ans et plus, peut-on laisser l’étude de la démolition entre les mains d’amateurs en la matière? Non, assurément! Surtout pas entre les mains d’élus municipaux, même bien intentionnés et bien représentatifs de leur arrondissement, mais si souvent préoccupés par des intérêts personnels. Entre les mains de quelqu’un qui, en matière de patrimoine bâti, se contredit dans un même propos comme l’a récemment fait le conseiller Marc Pettersen? Non plus.

Il me semble que la première chose à faire est que les étudiants d’un dossier aussi sensible doivent être indépendants, alors que des élus ne le sont pas. Toutes sortes de contingences les influencent: le développement économique de leur ville, la bonne garde de l’argent du trésor public, les pressions indues, les tentatives de corruption, etc.

En outre, pour bien étudier la question de démolition d’une construction ancestrale, non seulement faut-il des connaissances objectives approfondies objectives venant d’experts, mais également un ressenti venant de citoyens lambdas intéressés. Un ressenti pour les vieilleries admirables, qu’il faut conserver parce qu’elles ont une histoire à raconter et à transmettre à la postérité. Sans histoire, le présent n’a rien pour s’accrocher.

Un entrefilet ici s’impose pertinemment: pensons aux anticonformistes des mesures sanitaires de la COVID-19. La peste de Camus est une lecture bien de son temps.

Pour la sauvegarde avisée des belles et parlantes vieilleries, il faut avoir une certaine conscience historique. C’est-à-dire qu’avant de penser à démolir, par exemple, le réflexe immédiat doit consister à se questionner, au sens large, avec les coudées franches de l’indépendance et de l’autonomie.

À un extrême vous avez le progressiste trop souvent cupide prêt à tout jeter à terre et à tout reprendre à neuf, sans même recourir à une respectable plaque commémorative pour sensibiliser. À l’autre bout du spectre, il y a les accros au diogénisme, dont il faut se méfier. Entre les deux, il y a la vertu.

Tout cela pour dire que, s’il n’existe pas, ça nous prend à Saguenay un comité indépendant formé d’experts et de citoyens ordinaires pour assurer la pérennité et la durabilité du patrimoine bâti. Un comité qui doit rendre des comptes et faire des recommandations au conseil de ville.

Marcel Lapointe

Jonquière