Le nom Saguenay

OPINION / À l’occasion d’une conférence de presse, le Mouvement Chicoutimi vient de lancer sur son site Web un sondage qu’il adresse non seulement aux résidants de Saguenay, mais à tous les intéressés, peu importe où ils résident. Pourquoi l’adresser aussi aux résidants d’ailleurs ? Parce que tous les toponymes qui ont jalonné l’histoire du Québec et qui en sont les plus porteurs appartiennent à tous les Québécois. Le nom de Québec est loin de m’être indifférent, car il fait aussi partie de mon histoire. Ainsi en est-il particulièrement du nom Chicoutimi. Voilà pourquoi on ne peut balayer ces noms du revers de la main.

L’objectif est simple : vider cette question du nom une fois pour toutes. Le nom choisi par consultation en 2002, un nom choisi dans la controverse, a-t-il rempli les promesses que certains faisaient miroiter ? Un nom qui nous rassemblerait renforcerait un sentiment d’appartenance et auquel une grande majorité de notre population s’identifierait, affirmaient-ils. Seize ans se sont écoulés. Qu’en est-il vraiment ? Qu’en pense la population ? Très nombreux sont ceux qui croient que le toponyme Saguenay était déjà utilisé de façon outrancière. 

On entend de loin la clameur de ceux qui diront : pourquoi revenir 16 ans plus tard sur une affaire réglée ? Qu’on nous laisse la paix ! Notre esprit de clocher a été mis en échec. Un changement de nom risque de coûter cher. L’affaire est-elle vraiment réglée ? De toute évidence, non ! Le sondage pourrait le démontrer. 

Qui croit vraiment que ce malheureux esprit de clocher qui nous colle à la peau depuis si longtemps a été mis k.o ? Ne soyons pas naïfs. L’ancienne administration a dépensé plus de 10 M$ pour l’éléphant blanc qui se profile à côté de l’hôtel de ville, un bâtiment bancal qu’on peine à animer. Plusieurs autres millions ont été dépensés vainement en poursuites engagées par ou contre cette administration. Que sont aussi 16 ans dans l’histoire d’un peuple ? Rien ! Vraiment rien ! Que répondre à ces nombreuses sommités de l’extérieur, les Paul Arcand, les Jacques Lacoursière, les Serge Bouchard qui tour à tour nous ont mis sur le nez cette «grave erreur de parcours» que nous avons commise en 2002. 

Le Mouvement Chicoutimi n’est pas l’ogre qu’on imagine… prêt à dévorer ses voisins. Au contraire, il désire que toutes les constituantes de cette communauté conservent leur identité propre. Il y a de multiples façons de le faire. Arvida nous en fournit un fort bel exemple. Reconnaître l’erreur est une attitude noble. On pardonne plus facilement à ceux qui la reconnaissent. Il convient donc d’inviter nos gens à répondre à ce sondage et de façon objective en gardant à l’esprit que nous sommes bien plus voisins et amis que concurrents. 

Pierre Côté

Chicoutimi

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SE SOUVENIR

OPINION / La vie sur notre planète implique son lot de tragédies. La nature elle-même nous rappelle notre fragilité. Trop de froid ou trop de chaud et nous pouvons perdre notre propre vie. Maladies, virus, accidents, désastres naturels s’ajoutent à ces catastrophes.

Mais les tragédies les plus abjectes, inadmissibles, sont celles que nous créons. L’une d’entre elles est la guerre. Et pourtant elle existe et se manifeste de façon ininterrompue depuis que nous existons. Par protection, agression, mésentente, ressentiments, impulsivité, désir de pouvoir, protection, elle existe.

Le jour du Souvenir, célébré dimanche dernier, commémore la fin de la Première Guerre mondiale en 1918. Pour cette occasion, on a pu voir un peu partout des gens qui portaient le coquelicot rouge. Car durant la Première Guerre mondiale, ces plantes se mirent à pousser dans des endroits inusités, dont les Flandres, où elles ne poussaient que très rarement. En effet, les bombardements créèrent d’importantes quantités de poussière de chaux qui, se mêlant aux sols crayeux de la région, donnèrent un sol propice à ce que la fleur se développe pour une courte période.

Je constate que certaines personnes ressentent un malaise à porter ce symbole, l’associant à la guerre. Cela me rappelle la nécessité de justement se souvenir, de porter un intérêt à notre histoire. Pour ainsi rétablir la véritable symbolique de ce jour, la fin de la guerre et non pas sa promotion. L’honneur porté aux soldats qui ont donné leur vie, soit plus de 117 000 Canadiens qui, à ce jour, ont fait ce sacrifice.

Certes, en 2018, les réalités politiques internationales sont plus complexes. Il est parfois difficile de comprendre la finalité et le but des interventions militaires. Certains critiquent les enjeux économiques ou les aspirations néo-colonialistes des pays occidentaux. D’autres se montrent dubitatifs devant le recrutement de jeunes hommes ou femmes qui ne comprennent pas toujours les risques de la carrière qu’ils choisissent.

Je crois que c’est précisément une raison de respecter le jour du Souvenir, cette liberté fragile dont nous jouissons. Nous avons toutes les libertés de critiquer nos élus, contester leurs choix en matière de politique nationale et internationale. Nous pouvons débattre ouvertement, même si cela nous semble parfois sans issue.

Cette liberté critique, nous la devons, entre autres, aux hommes et femmes qui acquiescent à faire le sacrifice ultime, qui s’engagent à une responsabilité illimitée. Qui eux-mêmes mettent de côté leurs préférences idéologiques, politiques et personnelles pour servir, parfois pour des causes qu’ils n’endosseraient pas.

Capitaine Nicolas Rivard

aumônier du 12e Régiment blindé du Canada à Trois-Rivières.