Le mourir et l’aide médicale à mourir

OPINION/ Le Laboratoire d’expertise et de recherche en anthropologie rituelle et symbolique (LERARS) de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) tiendra son colloque Sens et non-sens : la mort à l’heure de l’aide médicale à mourir, les 24 et 25 octobre 2019.

Bon titre, mais tout en étant lourd et fort probablement avec un biais vers le non-sens. Cependant, il y aurait mieux comme titre : Le mourir à l’heure de l’aide médicale à mourir ou Le mourir à l’heure des soins de fin de vie ou, beaucoup mieux, L’aide médicale à mourir dans l’univers des soins de fin de vie. Nous serions en pleine actualité!

La mort, et c’est fini, c’est terminé. C’est la fin de l’agonie, c’est la mort du mourir. Et l’après-mort, qui sait?! Par contre le mourir, c’est plein de vie; la fin de la vie, c’est tout plein de vivant. C’est plein de la personne qui termine SA vie; c’est tout plein de sa personnalité, dans son identité, de ses valeurs, de ses croyances, de sa dignité et de son libre-choix dans les soins de fin de vie, incluant l’aide médicale à mourir.

La dignité passe tellement par le respect de ce libre-choix. La dignité se vit énormément par la primauté du seul intérêt de la personne en fin de vie ou rendue à la fin de sa vie.

Le respect du libre-choix augmente tellement la santé des proches, des soignants et des bénévoles. Il alimente et il nourrit bien le travail professionnel interdisciplinaire. Enfin, et c’est immense, le respect du libre-choix de la personne jusqu’à sa fin facilite de beaucoup les processus de deuil.

Environ 3 000 personnes québécoises ont terminé leur vie par AMM depuis décembre 2015. Il y a plus d’un an, près de 150 médecins québécois de soins palliatifs incluant l’AMM se sont rencontrés à Montréal. Ils ont eu une énorme surprise: la grande sérénité de ces finissants de la vie. Les médecins canadiens ont fait de même à deux reprises. Ce fut le même constat: la sérénité. La sérénité et ses impacts nombreux et des plus positifs.

Autre surprise, il y a eu pente glissante chez les ardents opposants à l’AMM qui ont tout fait, et font encore, mais en moindre nombre, pour qu’il y ait le moins possible d’AMM. Heureusement, cet agir inhumain, cruel et ignoble achève.

Une réalité: la majorité des personnes qui demandent l’AMM reçoivent déjà d’excellents soins palliatifs.

Une nécessité: la protection des finissants de la vie contre des prédateurs cliniques, contre des prédateurs religieux spirituels. Cette protection passe surtout par le travail professionnel interdisciplinaire.

Au colloque, des personnes ont été invitées à prendre la parole; bien d’autres, avec grande expertise et longue expérience dans les soins de fin de vie incluant l’AMM sont vite devenues des évitées. Et non sans raison.

Voilà mes réactions intenses face à la tenue de ce colloque, avec son titre et son contenu. La population du Saguenay-Lac-Saint-Jean et les étudiants de l’UQAC mériteraient mieux: un colloque sur les soins de fin de vie, incluant l’aide médicale à mourir, sur où on en est et où on s’en va.

Vive la terminologie rassembleuse et inclusive: soins de fin de vie!

Bon colloque! Merci de vous intéresser à la cause du mourir plus humain, plus libre, plus digne.

Yvon Bureau

Travailleur social, consultant bénévole pour un mourir digne et libre, coprésident du collectif Mourir digne et libre 

Québec