Le grand et le petit

OPINION / C’est probablement sa couleur brune qui répugne au premier abord. Et pourtant, à bien y penser, on devrait le peindre en argent sinon en or. Juste pour reconnaître la valeur de son contenu.

Quand il est rempli comme du monde, qu’on lui donne ce qu’il demande, qu’on le traite de façon responsable, le bac « brun » contient un peu de notre avenir, celui de notre région, celui du Québec et, surtout, celui de la planète dont nous avons déjà épuisé, depuis le premier août, les capacités de répondre aux besoins de l’humanité.

(Chacun a probablement observé pendant tout l’été des gens qui laissaient tourner le moteur de l’auto pour se garder au frais pendant que l’autre faisait l’épicerie.)

Le bac « brun » est un moyen de collecte des matières compostables. Son adoption est généralisée dans les villes québécoises. Le défi principal consiste à faire prendre conscience à chaque citoyen que la cueillette des matières organiques constitue un acte responsable dont l’importance augmente proportionnellement au nombre de citoyens qui inscrivent cette préoccupation dans leur vie quotidienne. À ce chapitre, l’éducation doit être la locomotive du succès d’une cueillette de qualité et les enfants sont les plus convaincants et, souvent, les plus convaincus.

En 2000, au cours d’un voyage aux Îles-de-la-Madeleine, j’ai constaté que les Madelinots utilisaient un petit bac « brun » pour récupérer les carcasses de crabes, de homards et les arêtes de toutes sortes, avant de vider le tout dans le grand bac brun. J’ai acheté un de ces petits bacs bruns au bureau municipal de Havre-aux-Maisons. Depuis ce temps, il sert de « videux » pratique dans la cuisine. Et sa couleur attire peu les regards ce qui n’enlève rien à son utilité.

Ce petit bac « brun » facilite la vie et simplifie la cueillette des feuilles de salade rouillées, des cœurs de piments et les pelures de bananes. Je ne suis pas retourné aux Îles. Mais, je suis convaincu que le temps d’une génération aura suffi à donner une valeur aux résidus poissonniers, réduisant en même temps les volumes de déchets enfouis.

Quand une majorité de citoyens, à commencer par les politiciens municipaux, comprendra l’importance du geste posé en ajoutant les siens aux déchets organiques des autres, on criera « mission accomplie ». Les techniques de compostage trouveront bien le temps d’évoluer avec la croissance des volumes. Et cette croissance des volumes ne viendra qu’avec la croissance des consciences.

On ne peut pas, seul, sauver un ruisseau, mais ensemble, on peut parfois sauver une rivière.

Rosaire Gagnon

Saint-Ambroise

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LE DROIT À UN ENVIRONNEMENT SAIN

OPINION / En France, le ministre de la Transition écologique (Nicolas Hulot) vient de démissionner. Il avoue son impuissance face au modèle économique dominant qui n’intègre tout simplement pas les enjeux écologiques dans ses paramètres. « Je ne comprends pas que nous assistions globalement à la gestation d’une tragédie bien annoncée dans une forme d’indifférence », a-t-il dit. Qu’en est-il de notre côté de l’Atlantique ? Nos dirigeants politiques savent-ils mieux faire de l’environnement et de notre avenir collectif une vraie priorité ? Absolument pas ! Les preuves nous en sont données à répétition. Comment, par exemple, concilier l’exploitation accrue des sables bitumineux et la lutte contre les changements climatiques ?

Récemment, le gouvernement fédéral renonçait à mettre à jour avant les élections la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE), la principale loi fédérale qui régit la pollution et les toxines. Avec les lacunes qu’elle comporte, elle a pourtant bien besoin d’être révisée !

Car, bien concrètement, ce sont les Canadiens et les Canadiennes qui en subissent les conséquences. La piètre qualité de l’air au Canada cause, selon les estimations de Santé Canada, 14 000 décès prématurés chaque année.

Pas étonnant qu’une majorité de la population appuie une mise à jour de la LCPE et réclame le droit à un environnement sain.

Je viens ajouter ma petite voix pour demander à mon tour la révision prochaine de cette loi. Je profite aussi de l’occasion pour implorer tous ceux et celles qui peuvent infléchir modestement le cours des choses – dirigeants politiques, patrons, investisseurs, lobbyistes – d’agir dès maintenant.

Le temps presse : il ne faut pas laisser le cauchemar tapi à notre porte devenir réalité. On ne peut continuer impunément à saboter les écosystèmes qui supportent la vie.

Anne-Marie Chapleau

Jonquière