Le funeste déclin annoncé du Musée Louis-Hémon

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Le Quotidien
OPINION / L’indignation vient de frapper à ma porte. À la suite de l’information qui me fut transmise, il y a peu: la vente d’un domaine colossal, longeant la rivière Péribonka, sur lequel s’élève un lieu de mémoire commun, un site historique classé – a priori, indélogeable – et un musée contemporain, le Musée Louis-Hémon, dont les portes furent ouvertes, en grande pompe, le 5 juin 1986, alors que le site classé est, lui-même, fréquenté depuis 1919, c’est-à-dire depuis plus de cent ans, déjà: dont un obélisque fait foi. A-t-on idée d’être aussi infâme?

Conséquence néfaste d’administrateurs tordus, soucieux d’étaler leur inculture, voilà de quoi on doit se contenter, en leur ignoble credo: dévaster résolument le patrimoine et vendre l’avenir historique, pour un plat de lentilles. Et tout cela, conséquemment, à cause du peu de gratitude dont se targuent tacitement ces malins.

Alors, la pauvre donatrice insigne de l’institution péribonkoise, Lydia-Louis Hémon, doit se retourner dans sa tombe parce que, de son vivant, elle s’est départie de trésors familiaux pour l’avancement du musée. Et voilà, en bout de piste, ce qu’elle récolte: une funeste ingratitude, autorisée par l’État! Et par un ministère de la Culture et des Communications qui trahit ses propres politiques gouvernementales, en matière de conservation. Car, déclasser un lieu historique, c’est du jamais vu! Et reloger la collection permanente du musée, à l’intérieur d’une église dévastée de ses fidèles, non conforme, à l’évidence, aux rigueurs de préservation, relève de l’ignorance crasse.

Alors, qu’on ne s’étonne point si je me suis fait un devoir de prévenir l’exécutrice testamentaire de la donatrice insigne, du sinistre dénouement actuel. Mais également, nos partenaires bretons, à Brest et à Quimper, dont l’UBO – Université de Bretagne Occidentale – lesquels se sont investis généreusement, jadis, jusqu’à s’offrir une «vitrine bretonne» au Québec à Péribonka, avec le concours financier et la complicité tacite du mouvement Desjardins du Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec lequel ils furent jumelés au temps de Jean-Eudes Bergeron, le magnanime. Je me souviens! Mais qui donc aura enfin le courage de dénoncer une telle aberration, aussi ignoble, aussi lamentable? Et j’en appelle à l’ex-ministre Benoît Bouchard, présent au jour mémorable de l’inauguration officielle du 5 juin 1986 parce qu’il s’était lui-même délibérément investi, au nom de son gouvernement; et qui nous a largement soutenu.

Gilbert Lévesque

Conservateur-fondateur du Musée Louis-Hémon