Le français en Ontario

OPINION / Si le francophone du Québec que je suis et si tous les francophones du Canada que nous sommes restions de marbre face au sort réservé par Doug Ford au projet de l’Université de l’Ontario français, je me dirais que la partie serait perdue. Je me dirais que la décision de ne plus financer cette université ferait office, en quelque sorte, d’une fin de non-recevoir pour le français dans l’ensemble du pays. Mais je suis heureux de constater qu’un élan de solidarité envers les Franco-Ontariens semble se déployer à travers plusieurs d’entre nous.

Car le fait que l’Université de l’Ontario français ne puisse voir le jour viendrait tout simplement mettre un point final à tout espoir de voir la francophonie canadienne s’épanouir et demeurer celle qui aura été portée par la langue française, soit cette langue du deuxième peuple fondateur du Canada. Si cette université ne voit pas le jour, tel que prévu, on pourra en conclure que cette négation d’un grand projet voué à l’épanouissement du savoir francophone en terre canadienne deviendrait le symbole irréversible de l’assimilation des francophones aux mains d’une majorité anglophone.

L’idée qui fait son chemin ces derniers jours, à savoir que le fédéral pourrait financer cette première université francophone en Ontario, est un pas dans la bonne direction. Alors à Justin Trudeau et à son gouvernement d’agir en ce sens, car voilà une belle occasion qui se présente pour agir en faveur de la francophonie canadienne. Voilà une grande décision à prendre qui, si elle se réalise, fera date et donnera au fait français en Ontario toute la reconnaissance qui lui revient.

Au Québec, il est à propos de le rappeler, nous avons trois universités anglophones : McGill et Concordia à Montréal, et Bishop’s à Sherbrooke. Pourtant, notre langue officielle est bien le français. Pourtant, ici les francophones sont majoritaires, mais la minorité anglophone a le privilège d’avoir pour elle des institutions qui la représentent, des lieux voués à leur épanouissement et dans lesquels ils se reconnaissent.

Alors pourquoi l’Ontario ne pourrait-elle pas avoir une université francophone représentant ses quelque 600 000 Franco-Ontariens ? Un lieu qui ferait là aussi la fierté de cette autre solitude dont le français est le dominateur commun. Un lieu de reconnaissance de leur identité.

Yvan Giguère

Saguenay

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VISION RÉDUCTRICE

Les propos de M. Michel Potvin dans Le Quotidien du 2 novembre, concernant les taxes payées par Rio Tinto, perpétuent, je crois, une vision réductrice de la relation qu’on entretient avec la multinationale. Ainsi, M. Potvin, pour justifier la diminution de la valeur des immeubles de Rio Tinto de l’ordre de 20 %, affirme que « la compagnie paye ses taxes et ne demande aucun service ou pratiquement rien ».

J’imagine que les services utilisés par Rio Tinto, qui ne sont pratiquement rien selon M. Potvin, sont l’eau potable, l’assainissement des eaux usées, l’entretien des routes, l’aéroport, la gestion des déchets, etc. Et bien soit !

Mais, qu’en est-il des avantages hydroélectriques accordés à Rio Tinto depuis un siècle pour l’utilisation de nos rivières ? Qu’en est-il des déchets entreposés dans le boisé Panoramique ? Ce boisé passe d’espace vert à dépotoir industriel grâce à une modification de zonage précipitée sans aucune précaution de la part de la municipalité. Ça ne s’invente pas !

Qu’en est-il des déchets industriels enterrés ici et là sur ses terrains ?

Qu’en est-il des 50 000 arbres qu’on s’apprête à abattre dans le boisé Panoramique et qui contribuent à assainir l’air et à tempérer le climat en période de canicule ?

Qu’en est-il de notre air et de l’exemption environnementale que la compagnie a obtenus afin de continuer d’exploiter ses anciennes cuves de technologie précuite ?

Qu’en est-il de l’érosion des berges du Saguenay qui s’accentue depuis la mise en fonction de la nouvelle et très grande turbine de Shipshaw ?

Qu’en est-il des déversements occasionnels dans la rivière Saguenay ?

Qu’en est-il du site d’entreposage de boues rouges à Laterrière, fermé depuis 25 ans et toujours en attente d’une revitalisation ? Qu’en sera-t-il des phases 1 et 2 du projet Vaudreuil au-delà de 2022, en plein cœur de la ville ?

Qu’en est-il de la valeur des propriétés contiguës au site d’entreposage des boues rouges et de la baisse potentielle de revenus en taxes pour la Ville ?

Qu’en est-il des deux crassiers de résidus rouges de 100 pieds de haut par rapport à la quiétude et la sécurité de tout un secteur de la ville en passant par Saint-Jean-Eudes, le quartier Panoramique, la côte de la Réserve et Arvida ?

Le « pratiquement rien » de M. Potvin est ici mis en perspective dans une vision globale, quoi qu’imparfaite et incomplète, des impacts multiples qu’une compagnie de l’ampleur de Rio Tinto peut avoir sur son milieu.

Les recoupements sont nombreux et auraient pu être pris en compte pour une prise de décision éclairée quant à la diminution de la valeur des immeubles de Rio Tinto.

Sur ce, prenons donc un bon café Nespresso ! Espérant que la disposition des résidus de bauxite de l’aluminium vert servant à la fabrication de la dosette du Nespresso répondra également, d’ici 2020, aux normes élevées de l’ASI (Aluminium Stewardship Initiative) quant aux pratiques environnementales, sociales et de gouvernance.

Jean-Yves Langevin

Chicoutimi