Le dumping d’Uber, une technique de bully

POINT DE VUE / Depuis l’arrivée illégale d’Uber au Québec, en 2014, le public a souvent entendu parler d’Uber comme d’une «révolution» dans le transport de personnes, mais pourquoi au juste? Est-ce à cause de la géolocalisation des voitures? Non, puisque les taxis ont cette technologie dans leur véhicule depuis environ 10 ans. Est-ce à cause des applications mobiles? Marginalement, mais pas complètement puisque des dizaines d’entreprises de taxi du Québec ont leur propre app.

Certaines sont même supérieures à celle d’Uber sous certains aspects. La propreté des voitures, la courtoisie des chauffeurs? En partie, mais à quel prix?

La vraie raison pour laquelle Uber est populaire, quand on écoute ses consommateurs, est vieille comme la lune : c’est le prix. En termes clairs, Uber est moins cher que le taxi dit traditionnel, tout simplement. C’en est ainsi parce qu’Uber use d’une pratique commerciale toujours jugée déloyale et souvent jugée carrément illégale, le dumping.

Le dumping est essentiellement une technique de bully. En termes simples, le dumping c’est quand vous vendez votre produit ou votre service volontairement à perte pour casser la concurrence et occuper un marché «de force». Les Québécois connaissent le dumping, même s’ils l’ont peut-être oublié. Des grandes bannières qui vendent l’essence à perte pour détruire les petits détaillants et les forcer à vendre ou à faire faillite, ça vous dit quelque chose? Pour freiner cette technique de «gros bras» financiers, il a fallu mettre en place la Régie de l’énergie pour tenter de protéger les détaillants indépendants, mais le mal était fait. Il n’y a aujourd’hui presque plus d’indépendants, et le prix de votre essence, vous le trouvez comment?

Vous doutez qu’Uber fasse du dumping? En 2017 et en 2018, Uber a perdu près de 10 milliards de dollars américains, volontairement. Pour la multinationale sans foi ni loi, il s’agit là d’un succès total parce que plus elle perd d’argent, plus elle pousse ses concurrents à la faillite et plus elle occupe de marchés. D’ailleurs, si Uber est prête à payer pour occuper des marchés, pourquoi ne paie-t-elle pas entièrement la compensation aux taxis, au lieu de vous refiler la facture?

En ce qui concerne la propreté des voitures et la courtoisie des chauffeurs, il est vrai qu’elle est souvent excellente. Comment Uber fait-elle pour réussir ce tour de force, alors que nous savons très bien que les chauffeurs d’Uber sont très souvent d’anciens chauffeurs de taxi? Encore une fois par des techniques draconiennes émanant du capitalisme sauvage. Les chauffeurs d’Uber travaillent pour des salaires de misère, en versant 25 % à Uber, mais ils doivent absolument toujours conserver une note d’appréciation moyenne au-dessus de quatre étoiles. S’ils tombent en deçà de ce seuil, ne serait-ce qu’une seule fois, adios, trouve-toi un autre emploi. La personne a échappé son spaghetti dans ta voiture? T’as dû passer une heure au lave-auto à tes frais? Tu t’es mis en colère? On s’en fout, on en a 100 000 autres comme toi qui veulent prendre ta place.

Uber, c’est du capitalisme sauvage qui détruit des vies, celles des taxis et celles de ses propres chauffeurs, pour offrir du cheap labor du XXIe siècle. Elle refile ensuite tous les problèmes qu’elle crée aux contribuables. Rien de plus, rien de moins.

Michel Aboujaoudé, 

François Cyr, 

Abdallah Homsy, 

Wilson Jean-Paul, 

Serge Lebreux 

Représentants de l’industrie du taxi