Le drame du policier Bigras

OPINION / La mort du policier Bigras, témoin de première ligne du meurtre des enfants de Guy Turcotte, est d’une grande tristesse. Cela nous interpelle tous quant à la fragilité de l’être humain, peu importe la place que celui-ci occupe sur l’échiquier social. Particulièrement ceux qui côtoient la souffrance, tels les policiers, ambulanciers, soldats, oncologues et autres.

Souvent, on se plaît à le répéter : la vie ne tient qu’à un fil. Mais concrètement, ce n’est que lorsqu’on est confronté à des réalités qui frappent l’imaginaire, à des drames épouvantables, que l’on peut en saisir toute la mesure. Ce qu’on apprend du policier Bigras, c’est qu’il avait peine à se remettre de ce qu’il a vu à ce moment-là. De 2009 à 2019, dix ans sont passés. Cela nous ramène en mémoire les traumatismes vécus par les soldats, lors de leur retour au pays, alors qu’ils doivent souvent vivre avec le souvenir insupportable de la cruauté, de la méchanceté, pour ne pas dire de la bestialité de l’être humain. Ou encore les traumatismes de l’oncologue qui, jour après jour, sait que la personne qu’il a devant lui mourra dans les prochains mois, ou même les prochaines semaines, tout en devant entretenir l’espoir, sans jamais s’attacher à ses patients. Pensons aussi à l’ambulancier qui arrive sur les lieux d’un accident de voiture et qui est confronté à la vue de cadavres déchiquetés, au dernier souffle d’une victime, à ses derniers mots.

Comment vivre avec ces images et comment avoir la résilience nécessaire pour s’en sortir sans devenir traumatisé ou médicamenté à vie ? Un traumatisme qui vous poursuit inlassablement, minute après minute. Le supplice de la goutte d‘eau.

Le service de police disait que l’agent Bigras avait de l’accompagnement et de l’aide, mais est-ce que les mesures mises en place ont été suffisantes ? Même chose pour les soldats qui rentrent au pays. Les oncologues, pour leur part, semblent laissés à eux-mêmes, et j’ignore la protection pour les ambulanciers. Plusieurs vont dire que ce sont les risques du métier. Mais, il y a une limite à affronter l’atrocité et les drames, même pour les plus résilients...

Une chose est certaine : les drames humains qui sortent de l’ordinaire nécessitent un soutien qui sort de l’ordinaire. Que la mort du policier Bigras serve à quelque chose et qu’elle entraîne une réflexion majeure.

Jean-Marc Girard

Jonquière

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IMMIGRATION : LES CONTRADICTIONS DU QUÉBEC

Les médias titraient récemment que si la tendance se maintient, en 2066, il y aura 89 jeunes enfants et aînés (donc pas ou moins en âge de travailler) pour 100 personnes de 20-64 ans. Il ne sera alors certes pas aisé pour les 20-64 ans de financer et de maintenir le filet social québécois. Le gouvernement est conscient de cette problématique, et l’immigration est, bien entendu, l’une des solutions envisagées.

Le Québec cherche donc de jeunes travailleurs, francophones de préférence, qui pourront contribuer à faire prospérer la province.

Pourtant, les signaux sont mixtes du côté du ministère de l’Immigration du Québec. D’une main, on fait des campagnes de promotion dans la francophonie ; de l’autre, on rejette 18 000 demandes représentant 50 000 candidats à l’immigration. De plus, contre toute attente, le ministère a annoncé récemment la suspension, pour minimalement quatre mois, du Programme de l’expérience québécoise, volet des étudiants. Rien de mieux que de passer une telle mesure l’été, quand personne ne porte trop attention – encore moins les étudiants.

Ce programme est une voie rapide permettant notamment aux étudiants étrangers ayant complété un diplôme admissible de se voir sélectionnés par le Québec en priorité.

Donc, l’étudiant qui vient de compléter son baccalauréat de premier cycle universitaire, par exemple, devra attendre plusieurs mois supplémentaires avant de pouvoir demander sa sélection permanente au Québec. Bien que ces étudiants étrangers soient éligibles à un permis de travail post-diplôme leur permettant de travailler, le ministère vient d’ajouter au moins quatre mois à un processus déjà très (trop) long d’obtention de la résidence permanente.

Pour donner une idée de grandeur, l’étudiant étranger francophone qui a complété sa formation académique en Ontario pourra espérer obtenir la résidence permanente au Canada, via le programme de l’Entrée express, dans un délai de quatre à six mois.

Prenant ce même étudiant, au Québec cette fois, il devra attendre environ 24 mois (provincial et fédéral). Disons que la rivière entre Gatineau et Ottawa vient de s’agrandir… Le ministère de l’Immigration du Québec vient maintenant d’ajouter un autre quatre mois, minimum, à ce processus.

Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, la décision de suspendre ce programme, pourtant un franc succès, paraît contradictoire. Le Québec peine déjà à retenir ses étudiants étrangers, la province accusant du retard face à l’Ontario notamment, cette annonce n’augure rien de positif pour convaincre les étudiants étrangers de choisir le Québec comme terre d’accueil.

Dans notre pratique de tous les jours, nous encourageons régulièrement les francophones à considérer d’autres provinces que le Québec. Non pas que nous ne souhaitons pas encourager la Belle Province dans ses efforts pour attirer des immigrants, mais la réalité du terrain fait en sorte que les embûches au processus d’immigration et les délais en sont un frein certain.

Même le nouveau portail Arrima a une « salle d’attente virtuelle », une sorte d’avertissement de ce qui attend le candidat s’il postule au Québec ?

Marc-André Ranger, associé

Immetis Services juridiques