Le doute de l’écocitoyen

OPINION/ Il y a présentement un enjeu environnemental majeur qui se joue au Saguenay, un enjeu local aux répercussions globales. Trois projets industriels majeurs sont présentement en gestation :

1 — Projet de terminal méthanier au port de Grande-Anse, situé sur la rivière Saguenay à environ 6 km en aval de la municipalité de Saint-Fulgence. Les installations portuaires de Grande-Anse, inaugurées en 1985, sont la propriété de Port Saguenay, une entreprise publique fédérale.

2 — La construction d’une usine de concentration de minerai (BlackRock) au site du port de Grande-Anse. Le minerai (vanadium-titane-magnétite) provient d’une mine de la région de Chibougamau et sera acheminé par train au site de Grande-Anse, grâce à la desserte ferroviaire nouvellement construite et qui relie le port au réseau de chemin de fer régional. Fait à noter, la desserte ferroviaire est une demande de longue date des élus locaux et qui fut financée par les trois paliers de gouvernement.

3 — La construction d’un autre port par du financement public (Port Saguenay), lequel sera situé en face de Grande-Anse, sur la rive nord de la rivière Saguenay. Ce port sera construit pour permettre au projet minier (Ariane phosphate), toujours dans l’attente de capitaux et d’investisseurs, d’expédier son minerai. Seulement voilà. Le gisement est situé à plus de 200 km. Le minerai devra donc d’abord être transporté par camion à travers des chemins forestiers, puis transiter par un réseau de convoyeurs (2 km) avant d’être transbordé sur le quai qui s’avancera sur plus de 800 mètres dans le Saguenay, large, lui, de 2500 mètres à cet endroit. Il n’y a semble-t-il aucune autre option possible, ni même celle de transporter le minerai par camion par le nord du Lac-Saint-Jean (environ 100 km) pour rejoindre le réseau ferroviaire, le transborder et l’acheminer par train jusqu’au port de Grande-Anse, déjà construit celui-là. À ce stade-ci, un peu à l’exemple du centre Vidéotron et de l’éventuel retour des Nordiques, l’idée est de construire le port avec des fonds publics dans l’espoir que le projet d’Arianne Phosphate voit le jour. Le gouvernement fédéral, par l’entremise de sa ministre de l’Environnement Catherine McKenna, a déjà autorisé le projet. À terme, on retrouvera non pas deux, mais quatre installations portuaires à et près de Saguenay, le tout dans un rayon de moins de 10 km carrés (quais des croisières et de Rio Tinto à ville de La Baie, Grande-Anse et quai rive nord,). On estime à 180 % l’augmentation du trafic maritime. Qualifier ce projet de pharaonique relève de l’euphémisme, car on parle ici de supercherie et de mensonge éhonté.

Or, hier soir (le 29 janvier), l’écocitoyen en moi décide de se rendre à la séance publique concernant les modifications au schéma d’aménagement de la MRC afin de permettre le fameux projet de construction de ce qu’on appelle ici, le troisième port.

Aussitôt arrivé, j’ai été frappé par ce que j’appellerais la bipolarité, journée de sensibilisation à la santé mentale oblige. Un côté de la salle constitué entre autres de représentants des syndicats de la construction qui sont pour le projet parce que : « On a besoin de jobs », « on a des enfants à nourrir », « ça permet aux familles de s’installer, de vivre et de rester dans la région, pis ce n’est pas deux trois bélugas… ».

De l’autre côté, les gens contre le projet parce que : « préservation des paysages », « habitat sensible, écotourisme », « le béluga du Saint-Laurent est une espèce menacée et le fjord du Saguenay par lequel vont transiter les bateaux constitue sont aire de reproduction, augmentation de la pollution sonore… ».

À la fin de la réunion, le préfet de la MRC nous a tous remerciés de notre présence et de notre participation.

Il a également souligné notre civisme puisque personne, malgré les divergences de point de vue, en est venu aux coups et qu’il n’a pas eu besoin d’appeler la police. Et que, finalement, de toute façon, lui non plus il ne pouvait rien faire pour empêcher le projet…

Et puis le lendemain dans les médias locaux, sans même attendre le résultat du vote légalement prévu pour le 12 février 2019, le même préfet de la MRC annonce que la modification au règlement de zonage est permise et que le projet de troisième port est accepté dans son entièreté.

L’écocitoyen en moi doute fort que malheureusement les dés aient été déjà pipés.

Jean-François Tremblay

Chicoutimi