Le délire écologiste

OPINION / Question environnementale, on ne sait jamais d’où il viendra, mais on sait qu’on aura droit à un coup de théâtre régulièrement. Là, c’est Santé Canada qui fait mine de mettre à l’index le lait impie. Oui, impie, du fait que celui qu’on consomme couramment nous vient des animaux, des ruminants de surcroît. Quelle horreur ! Mais quelle sera la prochaine étape ? Interdira-t-on aux mamans d’alimenter au sein leur nourrisson ? Leur prescrira-t-on impérativement le lait de soya ou la purée de légumineuses ?

Il y en a marre, à la fin. Les environnementalistes, qu’ils se disent savants ou qu’ils naviguent dans le sillage des maîtres à penser, nous mènent en bateau à force d’inepties. Quand ils sont à bout d’arguties, ils en inventent. Ils sont aussi fortement enclins à taire les éléments gros comme ça qui ne militent pas en faveur de leur cause ou qui ne sont pas politiquement corrects. Oui, la langue de bois s’exerce aussi dans ce domaine. Car il faut bien renouveler sans cesse les subventions, n’est-ce pas ?

Le grand tort des animaux, c’est de produire du méthane. La belle affaire ! Toute fermentation de matière organique en engendre, et ce, en raison des archées méthanogènes, des bactéries anaérobies très répandues. Je m’excuse pour les mots savants, mais que voulez-vous ? Je suis limité en termes d’espace. Certes, des archées, on en trouve dans les tubes digestifs des mammifères et, comme les herbivores ne consomment que des végétaux, ils produisent davantage de gaz intestinaux. N’avez-vous pas remarqué que les légumes, et surtout les légumineuses, font péter ?

Les décharges publiques rejettent dans l’air de grandes quantités de méthane. Même qu’on peut les exploiter en produisant du biogaz, qui n’est rien d’autre que du méthane. Quant aux réserves de gaz naturel et de pétrole, elles ont été créées bien avant l’apparition de l’homme, entre un demi-milliard et cent millions d’années plus tôt, à des moments où il y avait davantage de CO2 dans l’air et où la production de matière organique dépassait la capacité de digestion des écosystèmes.

Le méthane gazeux lui-même a une durée de vie de quelque dix ans, étant donné que, dans la haute atmosphère, il est détruit par les radicaux OH, selon un processus continu.

Mais la viande d’élevage aurait, dans l’opinion de certains, bien d’autres travers. Il y a peu de temps, une cégépienne affirmait avec le plus bel aplomb que la production d’un kilo de boeuf exige environ 15 000 litres d’eau, ce qui priverait des populations entières d’eau potable. Je soupçonne d’ailleurs qu’elle n’ait pas inventé ce chiffre, que quelque sophisme le lui ait inoculé, qu’on lui ait fait laver le cerveau à grande eau.

Des boeufs de boucherie, j’en ai élevé. À deux ans, un boeuf pèse environ 600 kg. La carcasse pèse plus de 300 kg. Enlevons les os, il reste au moins 150 kg de viande, et je compte au minimum des minimums. Il lui faudrait donc, tenez-vous bien, 2 250 000 litres d’eau pour atteindre ce poids, soit 3000 litres par jour, pour 3,5 litres par minute. Évidemment, ça ne tient pas debout, à moins qu’on ne compte l’eau de pluie nécessaire à la culture du fourrage, et encore. C’est en tout cas le genre d’arguments qui entachent de soupçons toute la démarche végétalienne.

En plus, l’eau qu’on utilise ne disparaît pas de la planète. Autrement, la crue anticipée de l’océan serait bien illusoire. Non, elle est recyclée à l’infini. En outre, on peut toujours débarrasser le Manitoba de tous ses boeufs, ça ne fera pas du Sahel une terre fertile et verdoyante.

On néglige systématiquement des paramètres importants lorsqu’on s’acharne à démoniser les bêtes.

Il est notoire, par exemple, que les déjections des animaux sont des engrais riches et écologiques qui permettent justement de cultiver des céréales et autres produits en rendant à la terre ce qu’on lui a pris. En l’absence de fumier, va-t-on engraisser les champs avec du chimique exclusivement ? Et semer massivement des organismes génétiquement modifiés (OGM) ? Si c’est ce que préconise la religion qui se répand de plus en plus, je m’en vais vite acheter des actions de Monsanto ! Quant au compostage, eh bien, il émet du méthane ; on n’en sort pas.

Au fond, la seule bête en surnombre sur la planète, c’est l’homme. Les animaux, eux, n’ont pas d’auto, ils n’ont pas besoin d’une garde-robe bien garnie, ils ne pillent pas les magasins pour des cadeaux de Noël qu’on retrouvera bientôt dans les rebuts, ils ne consomment pas en dehors de leur pitance – qu’ils ne gaspillent pas, eux –, et ils ne vessent pas plus que les humains, toute proportion gardée. La fabrication de produits de consommation inutiles est le polluant le plus insidieux, compte tenu de son efficacité. Mais, allez donc crier ça à la porte des centres commerciaux durant les périodes de grande affluence !

Clément Martel

Chicoutimi