Le crassier du Boisé panoramique à Chicoutimi

OPINION / La nouvelle loi 132 diminue la compensation du « permis pour détruire » un milieu humide comme le dit si bien Robert Dutrissac (Le Devoir, 15 juin 2018). Le taux par mètre carré passe de 38 $ à une somme variant de 2 à 8 $, soit une diminution de 80 à 95 %. C’est toute une aubaine pour Rio Tinto dans son projet Vaudreuil au-delà de 2022.

En octobre 2016, dans le cadre de la consultation publique initiée par Rio Tinto, pour le Projet Vaudreuil au-delà de 2022, j’ai présenté un mémoire s’intitulant « Tremblement de terre, déluge et glissement de terrain ».

On y retrouve divers questionnements sur ces trois types de phénomènes en lien avec la localisation du site de disposition des résidus de bauxite (SDRB). Ce projet modifiera la topographie d’un secteur en plein coeur de la ville où il y a une dénivellation importante vers le Saguenay, des milieux humides, des sources, des ruisseaux, de grandes coulées et des zones de tourbières ; qui plus est, de 15 à 20 000 personnes habitent les terrains avoisinant le site, et peut-être quelques grenouilles rainettes.

Ces événements, on les a déjà vécus intensément au Saguenay, en 1971 (Saint-Jean-Vianney), en1988 (tremblement de terre) et en1996 (déluge).

Ces phénomènes naturels sont abordés dans le certificat d’autorisation émis par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC, 1er novembre 2017) et des suivis techniques sont exigés à cet égard de Rio Tinto. Des compensations sont prévues pour les milieux humides affectés.

On exige également un plan d’intervention d’urgence validé par la Sécurité publique en lien avec l’exploitation du nouveau « parc » et du bassin de collecte des eaux rouges émanant du crassier.

De plus, la zone tampon doit être d’au moins 500 mètres entre les résidences et le chemin du pourtour du SDRB. Or, selon le plan déposé par Rio Tinto au Service d’urbanisme de la municipalité, la zone tampon, selon les secteurs varie de 150 à 300 et 500 mètres des résidences. Quelle sera la réaction du ministère du non-respect de cette exigence ? Une autre aubaine peut-être !

Les deux sites sont d’une superficie de 350 hectares (3 500 000 mètres carrés) soit l’équivalent de 650 terrains de football américains.

Dans la phase 2, c’est-à-dire où le dépotoir est situé près du chemin de la Réserve et du quartier Panoramique, il y aura une coupe à blanc avec l’abattage de 50 000 arbres matures (basé sur une approximation de 400 arbres/ha), édification de digues, dynamitage, nivellement de terrain, étalement d’une quantité importante de glaise pour rendre le sol imperméable à cette accumulation de résidus de bauxite d’une hauteur de plus de 100 pieds.

Il y aura mise en place du bassin de collecte à une distance de 150 mètres des résidences et situé à peu près au même niveau où il y a déjà eu au pied de la pente un glissement de terrain emportant le boulevard Saguenay dans la rivière il y a quelques années. Ce bassin va recevoir les eaux de surface et de lixiviation du crassier de résidus de bauxite qui sont caustiques, hautement alcalins et corrosifs. Quelles odeurs émaneront du bassin de collecte ? Odeurs de même type que celles du ruisseau du Capitaine qui coule sur les terrains de Rio Tinto et qui se déverse dans le Saguenay. Odeurs que je qualifierais de caustiques, et qu’on découvre en naviguant dans ce secteur de la rivière Saguenay. C’est de ce ruisseau qu’est apparue la marée rouge il y a quelques années et qui se rendait jusqu’au centre-ville. S’il y a débordement du bassin de collecte, soit par défaillance du système de pompage, ou que celui-ci ne suffit plus à la tâche, quelle direction prendra ce débordement ? Une erreur technique ou humaine étant toujours possible, et on est au coeur de la ville.

Quant à la toxicité des boues rouges, Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en éco-conseil de l’UQAC affirmait à la radio de Radio Canada (26 février 2018) « qu’elles ne sont pas toxiques, mais qu’il n’en mettrait pas sur ses toasts et qu’il n’irait pas y passer un après-midi, sinon il cracherait rouge ». Mais les 15 000 à 20 000 personnes, adultes et enfants, touchées par ce projet y passent leur vie et pas seulement un après-midi.

Dans la cause Gastem Ristigouche, le tribunal (28 février 2018) rappelle qu’une municipalité a le devoir de faire respecter sur son territoire le principe de précaution, lequel est maintenant enchâssé dans la loi sur le développement durable.

Pour la santé et la sécurité de sa collectivité, Saguenay doit soupeser tous les effets de la localisation du crassier au coeur de la ville.

C’est un bras de fer citoyen : « Les institutions publiques ont l’autorité et la responsabilité de répondre avec diligence aux questions légitimes des citoyens » (Isabelle Brochu Le Quotidien, 9 juillet 2018).

À la recherche d’une solution et/ou d’un site alternatif, pour un juste équilibre entre le développement durable et l’aspect économique.

Jean-Yves Langevin

Saguenay