Le côté givré de Jean Tremblay

OPINION / En dix minutes, résumer 20 ans de l’histoire contemporaine de la ville de Saguenay, faut le faire. Seul Jean Tremblay, le maire retraité de la capitale régionale, pouvait y arriver.

Et les membres du Cercle de presse qui ont soulevé des inquiétudes relativement à la neutralité du discours de son bilan politique regretteront certainement d’avoir manqué la chance de découvrir le côté givré de ce maire qui déteste les zones grises.

De sa rentrée à la tête du conseil de ville de Chicoutimi jusqu’à sa prochaine sortie du 5 novembre, le court métrage qu’il nous a livré a dressé un portrait fidèle du passage de ce politicien sorti de nulle part pour se hisser parmi les figures les plus connues au pays.

Mais, forcément, sa présentation coupait les coins ronds et, malgré tout, les médias limités par le temps et l’espace, n’ont pu relever tous les détails du discours. Par exemple, les difficultés que représentait la normalisation des 21 unités syndicales à l’entrée en vigueur de la fusion du 18 février 2002. La fusion des cœurs entre les 21 conseillers des différents arrondissements et la redistribution des services pour satisfaire tous les secteurs de cette nouvelle grande ville couvrant une superficie démesurée où chaque citoyen réclame le droit aux mêmes services.

Le maire n’a pas insisté non plus sur le rôle qu’il a joué dans la réalisation de la route du Parc. Il rentrera dans l’histoire comme le seul maire au Québec et sans doute au Canada aussi, à avoir réuni à deux occasions, les premiers ministres canadien et québécois dans son bureau. Jean Chrétien et Bernard Landry, une première fois, puis Paul Martin et Jean Charest pour la signature définitive de l’accord pour la réalisation de cette route à quatre voies divisées qui fait l’envie de toutes les régions du Québec.

À l’époque, on avait plutôt insisté sur sa décision impérative de virer en 24 heures le directeur général que le Comité de transition lui avait imposé. Une décision qu’il considère comme le déclencheur du développement de sa ville.

Jamais au cours de son passage d’une heure il n’a fait allusion à la présente campagne électorale. Tout au plus, a-t-il mis en garde son éventuel successeur sur les difficultés engendrées par un maire qui n’arriverait pas à faire l’unité des troupes autour de la table du conseil. Il estime que son premier mandat après la fusion a été le moins productif parce qu’il a été difficile d’obtenir l’unanimité à la table du conseil. Il craint que les élus pour le prochain mandat connaissent aussi ces difficultés d’apprentissage qui gèlent le développement.

Somme toute, les journalistes présents ont semblé surpris par la présence de ce personnage bien différent de celui qu’ils ont analysé durant les 20 dernières années. Un pince-sans-rire que j’ai côtoyé pendant une dizaine d’années et que je voyais bien différent de l’image qu’il projetait dans les médias. Volubile, intransigeant, mais toujours capable de traverser les pires épreuves avec une sérénité déconcertante.

Richard Banford

Ex-chef de cabinet du maire

Félix, pieds nus dans l’aube

Depuis quelques années à l’occasion de la Journée de l’Hymne au printemps, qui se tient le 21 mars de chaque année, je propose une activité aux bibliothèques du Québec. Ladite activité consiste à mettre en avant-plan, cette journée-là, des œuvres littéraires de Félix Leclerc à la vue des usagers des bibliothèques participantes. Le but est bien sûr de rendre hommage à Félix, mais surtout de démontrer les différentes facettes de sa plume d’écrivain. Puisqu’en plus d’avoir créé une œuvre chansonnière marquante de la chanson d’expression française, Félix a écrit des contes, des fables, des pièces de théâtre, des maximes, des romans, etc.

Étudiant en lettres au Cégep, je me souviens qu’un des premiers romans québécois que j’ai lu est Pieds nus dans l’aube, de Leclerc. À cette époque j’écoutais déjà ses chansons et en appréciais la teneur poétique. La lecture de cette œuvre romanesque publiée la première fois en 1946, me permit de découvrir une partie de l’enfance de Félix et d’apprécier une plume des plus évocatrice. Pieds nus dans l’aube est une œuvre pour ainsi dire biographique, mais affublée d’une douce poésie. Voilà un roman touchant et sincère qui nous permet de plonger au cœur de la vie familiale du jeune Félix en 1926. Pieds nus dans l’aube est considéré comme une livre marquant de notre littérature.

Alors je me suis toujours fait un point d’honneur de proposer sa lecture à tout et chacun. Dans mes contacts avec différents responsables des bibliothèques, je demande toujours de mettre bien en vue Pieds nus dans l’aube.

Quand j’ai appris que le fils de Félix, le cinéaste Francis Leclerc, allait réaliser un film adapté de Pieds nus dans l’aube, je ne cache pas que je fus des plus enthousiastes. Et voilà qu’il a pris l’affiche le vendredi 27 octobre dans plusieurs salles de cinéma du Québec. 

Par respect pour son père, Martin Francis Leclerc aura attendu 20 ans avant de travailler sur une de ses œuvres. Avec Pieds nus dans l’aube, je crois qu’il ne sera pas trompé et qu’il aura fait le bon choix.

Pour ma part en 1998, à l’occasion du 10e anniversaire du décès du poète de l’île d’Orléans, j’écrivis un texte de chanson qui se terminait ainsi : ¨Je voudrais chanter Félix Leclerc/Pieds nus dans l’aube de sa lumière.¨

Yvan Giguère

Saguenay