Le chialage

OPINION / Depuis le début des conférences de presse de François Legault, les Québécois regardent chaque jour le point de presse avec les nouvelles mesures annoncées et le nombre de cas de COVID-19 à travers le Québec. Pour certaines personnes, ils regardent cela comme un roman-feuilleton, c’est leur rendez-vous du début d’après-midi.

Ensuite, le nouveau sport provincial est devenu le chialage envers les journalistes qui, d’après les commentaires sur Facebook et Twitter, posent tout le temps de mauvaises questions.

J’ai été journaliste et rédacteur en chef de médias à travers le Québec durant de longues années et j’ai couvert des centaines et des centaines de conférences de presse. Bien souvent, on se retrouvait deux ou trois médias et une petite dizaine de personnes dans la salle. Aucune diffusion en direct. Aujourd’hui, avec les points de presse quotidiens, vous regardez jour après jour le travail des journalistes et vous avez l’impression qu’ils posent tout le temps de mauvaises questions ou souvent les mêmes.

Je pense qu’il est temps de sortir de mon devoir de réserve afin de m’exprimer sur le sujet. Comme partout, il y a des bons et de mauvais journalistes, comme il y a de bons et de mauvais professeurs ou encore, des bons ou de mauvais bouchers. Vous avez été nombreux à m’écrire en privé afin que je vous explique comment cela se passait derrière la caméra.

Dans la salle, face au trio Legault, Arruda et McCann, il y a environ huit journalistes. Ils sont mandatés, souvent à l’année, par les différents médias afin de suivre l’actualité au Parlement à Québec. Le devoir du journaliste est de poser parfois des questions qui fâchent, pas tout avaler ce qu’on lui raconte. Nous connaissons les « cassettes » (mêmes réponses aux mêmes questions dictées par des lignes de parti) des politiciens et croyez-moi, certains que j’ai croisés dans ma carrière étaient des experts. Donc, dans les questions posées, chaque journaliste essaie de trouver ou de creuser une information reçue par l’une de ses sources. Bien souvent, les journalistes passent pour des cabochons parce qu’ils posent plusieurs fois la même question, mais d’une façon différente. Il ne faut pas croire que ce métier est un éternel interrogatoire, nous ne sommes pas des policiers ou des enquêteurs. Bien souvent, même si le politicien a une cote de popularité extraordinaire, nous devons poser des questions qui fâchent, c’est le devoir de démocratie et bien souvent, il peut être difficile de comprendre cet entêtement. Mais, ce sont des élus et ils doivent répondre de leurs actions à la population.

Dernier détail, et j’ai une question pour vous : qui regarde les travaux parlementaires sur la chaîne de l’Assemblée nationale ? Pas beaucoup. Les cotes d’écoute ne sont vraiment pas extraordinaires. Chaque jour, il y a des points de presse avec les différents ministres et les différents députés de l’opposition, et parfois les mêmes questions se posent, mais cela passe complètement inaperçu parce que la population ne regarde pas cette chaîne de télévision. Avec les points de presse de François Legault, cela prend une autre ampleur parce que chaque jour, à 13 h, c’est un million de téléspectateurs qui regardent les derniers événements relatifs au coronavirus.

Le travail de journaliste est critiqué, mais sans lui, vous ne seriez pas informé. Je comprends que les gérants d’estrade s’en donnent à cœur joie parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire durant le confinement, mais imaginez une seconde qu’un million de personnes critiqueraient chaque jour votre travail, croyez-moi vous détesteriez cela.

C’est un métier de passion et croyez-moi, chaque journaliste en poste est avant tout un humain, comme vous et moi.

« Journaliste un jour, journaliste toujours », m’a souvent dit un ami. Je dois admettre qu’il a raison.

Respect envers tous les journalistes.

Jean-Luc Doumont

Alma