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Le cadeau de grec de l’Aviation royale canadienne

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Le Quotidien
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OPINION / Loin d’être une source de fierté, la flotte d’avions-chasseurs CF-18 du Canada apparaît comme un mal nécessaire. Ce modèle de combat destiné à assurer la défense de nos frontières territoriales date du début des années 1980 et est considéré comme désuet par l’Aviation royale canadienne elle-même, qui souhaite son remplacement depuis des années. Faute de budget – on parle d’un investissement de 19 milliards! –, le gouvernement fédéral reporte sans cesse l’achat de nouveaux aéronefs plus performants.

Par Clément Fontaine de Chicoutimi

Il existe bien sûr d’autres besoins criants au ministère de la Défense nationale, comme ailleurs dans l’administration publique. Nos CF-18 sont donc retapés et rapiécés depuis des décennies. Une partie d’entre eux a été remplacée récemment, mais par d’autres appareils usagés, achetés de l’Australie au coût approximatif de 800 millions $. On compte ainsi prolonger tant bien que mal la durée de vie de la flotte jusqu’en 2032.

Cette situation peu enviable n’empêche pas l’Aviation royale canadienne d’entretenir une équipe de démonstration qui, depuis la base de Bagotville, se propose de venir l’été prochain offrir un «spectacle international» à l’ensemble de notre région, et même au-delà. La subvention de 105 000 $ qu’elle s’attend à recevoir en retour de la Ville de Saguenay en fait grimacer plusieurs, avec raison.

À ce que je sache, l’état actuel de nos finances ne se prête guère aux dépenses superflues. Par ailleurs, si les prouesses d’une dizaine d’avions au-dessus de nos têtes amuseraient sans doute bien des gens, elles en indisposeraient plusieurs autres en cette période de crise sanitaire qui devrait nous amener à reconsidérer ce type d’exercice polluant, relativement dangereux et extrêmement bruyant.

Pour avoir vécu pendant un an à La Baie, je n’oublierai jamais le vacarme infernal que causait presque quotidiennement le passage de quelques CF-18 rattachés à la base de Bagotville en mission d’exercice. Il n’y avait là rien d’agréable non plus pour la majorité de mes voisins, même pour les durs de la feuille comme on dit.

Si l’Aviation royale canadienne croit pouvoir dorer son image avec ce genre de démonstrations, elle devrait continuer à le faire à ses frais et dans ses quartiers au lieu de s’inviter ailleurs cavalièrement. Le conseiller municipal du secteur de Bagotville qui propose plutôt de refiler la note à l’ensemble de ses concitoyens semble déconnecté de la réalité.

Il en va de même avec cette idée de réclamer des fonds, si modestes soient-ils, pour peindre des fresques sur les rébarbatifs réservoirs de bauxite attenants aux installations portuaires de La Baie. Cette zone industrielle est depuis longtemps mûre pour une rénovation majeure, laquelle contribuerait à rendre immensément plus attractif ce secteur de la magnifique baie des Ha! Ha!. Les mesures cosmétiques éphémères ne peuvent suppléer au manque de volonté corporative autant que politique. En effet, pour Rio Tinto comme pour nos divers paliers de gouvernance, ce n’est pas et ce ne sera jamais le bon moment pour entreprendre les travaux qui permettraient de mettre à niveau cette infrastructure encore plus vétuste que la flotte canadienne de CF-18.