Le but de l'éducation

OPINION / Le but de l'éducation, selon Aristote, est de nous permettre de faire un usage noble de notre temps libre. Voilà qui va à l'encontre de la pensée pragmatique qui prévaut aujourd'hui, selon laquelle le but de l'éducation est surtout de nous faciliter l'accès au marché du travail. Et lorsqu'on se souvient que le mot « travail » vient du latin « tripalium » qui veut dire « instrument de torture », on constate à quel point on s'est éloigné de l'esprit du grand fondateur du Lycée.
Sans prôner une éducation élitiste limitée aux personnes n'ayant pas besoin de travailler, il est tout à fait possible de proposer une approche humaniste inspirée de celle qui est à l'origine de notre système éducatif. Pour y arriver, il suffit de distinguer deux notions : d'une part, la formation, qui nous aide à développer des habiletés nous permettant de « vivre » adéquatement à l'intérieur d'un système social ; d'autre part, l'éducation, qui transcende les systèmes et dont le but est de nous permettre de « bien vivre » dans le monde. L'étudiante et l'étudiant sont ainsi considérés dans leur ensemble, non seulement en tant que futurs employés, mais surtout en tant que citoyens à la recherche d'un savoir susceptible de les mener au bonheur. La question d'un avenir professionnel est importante, certes, mais elle ne devrait pas réduire l'éducation à un simple moyen pour satisfaire les demandes du marché. Comprendre cela, c'est comprendre ce qu'Aristote voulait dire en parlant d'un usage noble de notre temps libre : on s'éduque pour devenir de meilleures personnes et pour rendre notre société meilleure.
Mustapha Fahmi, Ph. D
Vice-recteur à l'enseignement, à la recherche et à la création
Université du Québec à Chicoutimi
La noix de coco
La soudaine popularité de la noix de coco des dernières années surprend ; un engouement qui dure depuis presque une décennie. L'eau, les huiles, le lait, la crème, les biscuits, le gras, les bonbons constituent autant de produits à base de noix de coco qui se retrouvent partout dans nos épiceries, centres d'entraînement, restaurants, etc. Même des célébrités comme Madonna, Gwyneth Paltrow, Matthew McConaughey et Rihanna prêtent leur nom à la commercialisation de certaines marques. La noix de coco est désormais reconnue par plusieurs comme un super aliment. Sa notoriété subite, par contre, n'est pas tout à fait une coïncidence. 
D'abord, l'une des raisons pour la popularité soudaine du fruit du cocotier résulte de la prépondérance d'allergies au gluten et au lactose. La noix de coco est un ingrédient qui ne pose aucun risque pour l'ensemble de la population, à part pour ceux qui sont allergiques à la noix de coco, bien sûr. Les multinationales du secteur alimentaire ont adopté la noix de coco comme substitut, ni plus ni moins. Sa valeur nutritionnelle est aussi louangée par l'ensemble des experts en nutrition. À en croire certains rapports, sa teneur de magnésium, d'électrolytes et de potassium en fait un choix judicieux. Selon plusieurs recherches, la noix de coco est un sucre naturel qui procure de l'énergie et permet à ceux qui la consomment d'être cognitivement plus alertes. Il est difficile de prévoir quand cette mode s'atténuera, mais tout indique qu'elle durera encore pour un petit bout de temps. 
Mais tout cela n'est pas nouveau, alors pourquoi la noix de coco est-elle si populaire maintenant ? Depuis 2008, c'est la folie. La consommation de la noix de coco s'est carrément occidentalisée. Au Canada, on estime que le secteur alimentaire a introduit au cours de la dernière décennie plus de 2000 produits alimentaires différents contenant de la noix de coco. 
La production de la noix de coco existe depuis des millénaires. Pratiquement le tiers du secteur agricole mondial dépend de la production du cocotier pour survivre. Les plus grands producteurs de noix de coco se retrouvent aux Philippines, en Indonésie et en Inde. Ces trois pays produisent à eux seuls plus de 70 % de la quantité de noix retrouvée sur la planète. En effet, les cocotiers sont communément appelés les « arbres de la vie » dans ces contrées. Mais c'est vraiment durant la Deuxième Guerre mondiale que l'Occident s'est intéressé à la noix de coco, mais très modestement. Plus de 90 pays produisent la noix de coco. 
Cette forte demande inopinée a déstabilisé la production mondiale ces dernières années. Les exportations provenant des Philippines ont augmenté de 1000 % depuis sept ans. Les Caraïbes, une autre région productrice de cette noix, peine à fournir. Malgré la popularité de cette denrée, 60 % des producteurs du secteur reçoivent toujours pratiquement le même prix pour leurs noix de coco, et vivent sous le seuil de la pauvreté. Cette situation pourrait créer des problèmes à long terme. Ce sont plutôt les agents et courtiers qui profitent de la manne de la noix de coco.
Les Philippines et l'Indonésie investissent de plus en plus dans la formation de la production pour assurer des plantations plus efficaces et moins à risque de propagation de maladies et d'exposition aux ouragans. Plusieurs groupes augmentent la capacité logistique de la production domestique afin que les producteurs puissent être en meilleur contrôle de leur stratégie de commercialisation. Leurs dépendances envers certaines entreprises en amont de la chaîne diminueront.
Notre filière acéricole pourrait apprendre des succès de la noix de coco et faire du sirop d'érable le prochain super aliment populaire.
Dr Sylvain Charlebois
Faculté d'administration
Faculté de l'Agriculture
Université de Dhalousie