Le conseiller Michel Potvin et la mairesse de Saguenay, Josée Néron.
Le conseiller Michel Potvin et la mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Le budget 2021 de Ville de Saguenay

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Les membres du conseil de ville de Saguenay, à l’exception d’un conseiller, ont voté en faveur du budget 2021. Ils ont été informés à l’avance et ont voté en toute connaissance de cause. Une rencontre avec les journalistes a permis d’apporter des informations complémentaires pour les citoyens. Ce sont des améliorations significatives dans le processus budgétaire de la Ville. Ce budget est un budget de compromis, le dernier avant les prochaines élections.

Par Gilles Bergeron, économiste, Saguenay

Par ailleurs, le budget, disponible sur le site Internet de la Ville, permet difficilement aux citoyens de comprendre les défis de la Ville et d’apprécier les décisions prises. J’en donnerai quelques exemples.

Contrairement à celui des autres villes, le budget de Saguenay ne fait aucune référence aux dépenses et aux revenus obtenus du gouvernement du Québec dans le cadre de la COVID-19. On apprend dans le journal Le Quotidien que Saguenay garderait en réserve les 11 millions de dollars versés par Québec pour faire face à des imprévus. Il s’agit « d’un petit bas de laine qui donnera une marge de manoeuvre à l’administration municipale ». Le cadre de gestion du bas de laine n’est pas précisé.

Le budget de Saguenay ne fait aucune référence au nouveau partenariat Québec-Municipalités 2020-2024 qui apporte de nouveaux revenus à la Ville.

Les faits saillants du budget nous annoncent une hausse du compte de taxes de 1,9 % pour la maison moyenne évaluée à 204 281 $, soit 54 $. Cette hausse est plus faible que celles des années précédentes. Aucune explication n’a été donnée sur la possibilité de maintenir ce taux d’augmentation au cours des prochaines années. Une brève analyse de l’évolution des dépenses nous indique que la réduction de l’excédent accumulé et l’augmentation du financement à long terme des activités de fonctionnement ont permis de réduire les dépenses de plus de 4 millions de dollars par rapport à l’année précédente. Sans ces transferts de fonds, une augmentation du compte de taxes de 3,8 % aurait été nécessaire.

Saguenay a utilisé une partie de ses surplus budgétaires annuels pour constituer quatre réserves financières dont le montant est maintenant de 6,3 millions de dollars. C’est une innovation financière intéressante pour faire face à des dépenses imprévues. Il importe cependant de rappeler que les surplus budgétaires à Saguenay sont des surplus comptables puisqu’une partie des dépenses d’opération sont financées par la dette à long terme. L’administration actuelle a réduit de façon importante le montant des dépenses d’opération financées à long terme. Le montant est cependant encore élevé dans le budget 2021, soit 11,8 millions $. Une augmentation supplémentaire du compte de taxes de l’ordre de 5 % serait nécessaire pour mettre fin à cette pratique de financement des dépenses d’opération.

Les postes de remboursement de la dette à long terme et de frais de financement représentent 20 % des dépenses de la Ville, un taux élevé par rapport à celui des autres villes comparables. Aucune information ne permet de mesurer l’impact des nouveaux projets d’investissement sur ces postes de dépenses.

Le budget ne donne pas d’informations suffisantes pour comprendre comment le plan triennal d’investissement 2020-2021-2022 permettra de répondre aux besoins d’entretien de nos infrastructures tout en fournissant de nouveaux services aux citoyens. L’impact sur la dette à Saguenay est passé sous silence. Les faits saillants du budget mentionnent quelques projets d’entretien des infrastructures, mais la seule référence à la réalisation des grands projets comme le centre multiservice de Jonquière, la bibliothèque de La Baie et la rénovation de l’aéroport de Bagotville est faite dans le mot de la mairesse. Des informations en provenance de la conférence de presse indiquent que « l’endettement de la ville augmentera de 100 millions $ en deux ans pour atteindre 521 millions $ à la fin de 2021 ».

Pour permettre aux candidats au poste de maire et de conseilleurs de faire des propositions pertinentes et aux citoyens d’apprécier celles qui répondent le mieux à leurs besoins, il serait souhaitable avant la prochaine élection que le conseil mandate la Vérificatrice générale de la Ville pour faire un état des lieux sur l’évolution de la situation financière au cours des huit dernières années. Elle a la crédibilité, la compétence et l’indépendance voulues pour faire ce travail. Cet état des lieux devrait notamment faire le point sur l’évolution des dépenses, des revenus, du compte de taxes, de la dette et de la désuétude de nos infrastructures.