Dommage que Beyond Meat ne soit pas canadien. Après tout, le Canada est l’un des plus grands producteurs de pois au monde. Notre possible manque d’innovation nous a empêchés de voir et d’exploiter le potentiel immense du végétalisme.

Le blitz Beyond Meat

Beyond Meat, le géant américain de la protéine végétale, a pris le Canada d’assaut le 29 avril. Ses produits seront vendus partout! Les végétariens et véganes se réjouissent, mais avouons-le : Beyond Meat aurait dû être canadien ou même québécois.

Le 29 avril, juste à temps pour la grande saison des barbecues, les produits à succès de Beyond Meat ont fait leur entrée dans presque tous les supermarchés au pays. Loblaws-Provigo, Sobeys-IGA, Métro, partout! Beyond Meat, une entreprise californienne qui a déjà fait son entrée au Canada avec son fameux « Beyond Burger » chez A & W, a visiblement de grandes ambitions. Étonnant tout de même de voir l’ensemble des grandes bannières dérouler le tapis rouge devant ce géant de la protéine végétale qui offre un produit totalement américain. 

On assiste à un réel blitz végé au Canada. Constater qu’un tel produit fait sa place, comme cela, partout, démontre à quel point Beyond Meat concentre ses efforts sur l’exécution et le marketing. Beyond Meat offre de la viande, sans viande. Bref, il s’agit de galettes à base de protéines végétales. En 2018, la chaîne canadienne A & W tentait sa chance avec ce produit en offrant son Beyond Burger et elle s’est retrouvée en rupture de stock en quelques semaines. Un bon début pour Beyond Meat, et dès cet instant nous savions que son entrée dans les épiceries canadiennes ne saurait tarder. Dans plus de 27 000 restaurants à travers le monde on sert les produits de Beyond Meat et ce nombre d’établissements augmente chaque mois. 

Son produit vedette demeure la galette à hamburger. Sans OMG, ni soya ni gluten, elle constitue un choix parfait pour les gens ayant des restrictions diététiques. 

L’apparence du produit se confond aisément avec la bonne vieille galette de bœuf. L’argument nutritionnel représente sans conteste une meilleure option pour la santé. Ce produit, principalement à base de pois, contient plus de fer et de protéines, beaucoup moins de gras saturé et pas de cholestérol. 

En revanche, la physiologie du produit n’est pas très convaincante et la sensation lors de la mastication diffère totalement. De plus, sur le barbecue, le moment de vérité pour plusieurs amateurs de viande, le produit ne se comporte pas de la même façon. Fumée, senteur et crépitement sur la grille n’existent plus.  

Malgré cela, Beyond Meat réalise un parcours exceptionnel. Et qui se cache derrière Beyond Meat? Bill Gates, Leonardo DiCaprio et Tyson Foods, eh oui, ce géant de la protéine animale. De plus, l’entreprise californienne prépare son entrée sur Wall Street et deviendra sous peu une entreprise publique qui pourrait d’ici quelques semaines amasser près de 100 millions de dollars et augmenter sa valeur de 1,2 milliard de dollars. Et croire qu’il y a quelques années seulement, on percevait le végétarisme et le véganisme comme des mouvements marginaux! Avec l’influx de capitaux pour soutenir un agenda de recherche agressif, Beyond Meat pourra aspirer à offrir un jour une galette qui constituera une réplique exacte du bœuf, sur un barbecue ou non. 

Flexitariens

Nous estimons maintenant que plus de 6,4 millions de Canadiens ont diminué leur consommation de viandes ou l’ont totalement éliminée de leur diète. Le nombre de véganes, près de 500 000 au pays, n’a cependant pas vraiment augmenté. Le nombre de végétariens se situe autour de 2,3 millions. Toutefois, les flexitariens, ces végétariens à temps partiel, intéressent particulièrement les entreprises comme Beyond Meat. 

Il sera intrigant de voir à quel prix ces produits se vendront et où ils se situeront en magasin. Au comptoir des viandes, ou tout juste à côté? Parmi les produits surgelés? Tout porte à croire que les stratégies varieront selon les marchés cibles. Selon toute vraisemblance, son prix au kilo devrait se situer légèrement sous celui du bœuf haché mi-maigre. La stratégie de prix aura une conséquence déterminante pour Beyond Meat et la commercialisation de la protéine végétale à long terme.  

Néanmoins, dommage que Beyond Meat ne soit pas canadien. Après tout, le Canada est l’un des plus grands producteurs de pois au monde. Notre possible manque d’innovation nous a empêchés de voir et d’exploiter le potentiel immense du végétalisme. Il existe plusieurs entreprises prometteuses en démarrage au Québec et ailleurs, toutefois rien ne se compare à Beyond Meat. Il y a cependant de l’espoir pour ces petites entreprises. Puisque Beyond Meat devient l’éclaireur, il développera un marché immature et sous-développé en ce qui a trait à la protéine végétale. Certaines protéines étant meilleures que d’autres, nous assisterons au cours des prochaines années à une hyper segmentation du marché. Il suffira que les petites entreprises en tirent profit.