Le bât blesse à La Baie

OPINION / Il est dommage que Saguenay ait reporté son projet de déménagement de la bibliothèque de La Baie dans l’ancienne église Saint-Édouard, laissée à l’abandon depuis trop longtemps. Les finances de Saguenay ne le permettent plus, semble-t-il, mais tout est une question de priorité. Je ne suis pas le seul à m’interroger sur la préférence du conseil de ville pour de nouvelles installations beaucoup plus onéreuses et qui bénéficieraient surtout aux arrondissements de Chicoutimi et de Jonquière.

Avec son architecture néo-gothique, l’église Saint-Édouard a une valeur historique et patrimoniale indéniable, tout comme d’autres anciens édifices administratifs situés à proximité. En retarder les travaux de restauration va accélérer sa détérioration, au risque de devoir se résigner à la démolir. Pendant l’année où j’ai demeuré à La Baie, j’ai maintes fois marché à proximité de ce bâtiment pour me rendre, ironiquement, à l’actuelle bibliothèque, installée dans des locaux trop exigus attenants au Théâtre du Palais municipal.

L’église Saint-Édouard était à l’origine le cœur de la cité, ou plus exactement du village, et son emplacement sur la rue principale, près de deux parcs et d’une école, demeure idéal pour un service public comme la bibliothèque. Ailleurs en province, de nombreuses municipalités trouvent le moyen de donner une seconde vie à leur précieux héritage du passé. Qu’est-ce qui « cloche » donc chez nous ?

Ériger un amphithéâtre de 4000 places au coût de 60 millions ne donnera pas une âme ni même une signature distinctive à l’arrondissement central, déjà très choyé, de Chicoutimi. Il serait préférable de remettre à niveau les installations déjà existantes, car elles s’inscrivent dans une continuité identitaire, essentielle à toute communauté. Comme l’église Saint-Édouard. 

On ne pourra pas prétendre que je prêche ici pour ma paroisse. Une des raisons pour lesquelles j’ai quitté La Baie il y a plusieurs mois est que cet arrondissement m’apparaissait comme le plus défavorisé de Saguenay. Et de loin. Bien que situé aux abords de la magnifique Baie des Ha ! Ha !, sa zone portuaire est lourdement hypothéquée par les immenses convoyeurs et silos de bauxite de Rio Tinto. D’ici à ce que la multinationale se décide à rénover ses installations (on peut toujours rêver), il importe de donner aux résidants du secteur des raisons de croire qu’ils ne sont pas des laissés pour compte, sacrifiés sur l’autel du développement industriel.

Clément Fontaine

Chicoutimi

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JE PRIE POUR LES HOMMES, JE PRIE POUR LES ROIS

Je profite, en cette veille de Noël, pour partager ce texte que j’écris à titre personnel.

C’est l’histoire d’un homme riche, habillé de pourpre et de lin, qui, chaque jour, faisait de somptueux festins. Devant sa porte gisait Lazare, un homme pauvre, couvert d’ulcères, qui aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table, mais c’était plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.

Cette histoire écrite il y a plus de 2000 ans, que l’on retrouve dans l’Évangile de Saint Luc, existe tristement encore aujourd’hui, où Lazare apparaît à travers différents visages comme celui de l’aîné maltraité, l’enfant abusé, la femme violentée et bien d’autres encore.

Pour ma part, de par mon engagement à Loge m’entraide et devant le combat mené depuis six ans par les locataires appauvris de Saguenay pour faire naître leur Coopérative d’habitation La Solidarité, j’y vois dans l’histoire de Saint Luc la richesse et la pauvreté qui ne cessent de s’affronter.

Et c’est ce qui m’amène, en cette veille de Noël, à laisser monter cette prière, au pied de l’Enfant-Dieu.

« Je prie pour les Hommes (humains), je prie pour les Rois, d’être plus Hommes (humains), d’être moins Rois » (extrait de la chanson Prière païenne). Oui, je prie pour que les « Rois de ce monde », enivrés de richesse et de pouvoir, descendent de leur piédestal en signe de partage et d’humilité pour que les « Lazare de ce monde » trouvent enfin réponse positive à leur besoin, à leur demande, à leur cri !

Je prie pour que les « Rois de ce monde », qui enfantent volontairement des inégalités économiques et sociales, puissent agir de façon juste et équitable pour que les « Lazare de ce monde » retrouvent enfin leur dignité humaine, leur confiance, leur paix intérieure ! 

Je prie pour que les « Rois de ce monde », qui n’ont que pour champs de vision leur propre personne, regardent yeux dans les yeux les « Lazare de ce monde » pour enfin soulager leur blessure, ranimer leur confiance, soigner leur espérance !

Je prie pour que les « Rois de ce monde », indifférents et insensibles aux appauvris qui ne cessent de frapper à leur porte, soient amour et secours pour que les « Lazare de ce monde » se sentent enfin aimés, estimés et considérés comme des êtres humains à part entière !

Oui, en cette veille de Noël, agenouillée devant l’Enfant-Dieu qui s’est fait humble, Serviteur et Sauveur, « Je prie pour les Hommes (humains), je prie pour les Rois, d’être plus Hommes (humains), d’être moins Rois ».

Sonia Côté, coordonnatrice

Loge m’entraide

Saguenay