Jacques Pelletier
Jacques Pelletier

Le 24 juin au Saguenay–Lac-Saint-Jean

OPINION / Pour nous tous, Québécois, le 24 juin est notre fête nationale. Pour tous les habitants du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le 24 juin représente un autre événement d’importance : l’installation officielle des Français dans cette région, jusqu’alors uniquement occupée depuis des millénaires par des autochtones. Ceci se passait le 24 juin 1676.

Le commerce de la traite des fourrures était en sérieux déclin à Tadoussac, poste de traite fondé par Pierre Chauvin, qui avait obtenu, du roi de France Henri IV, le 15 janvier 1600, le privilège d’être seul à commercer avec les «Indiens» à 100 lieues à la ronde. Tout concourait à éloigner les chasseurs du poste de traite : la guerre que livraient les Iroquoiens aux peuples autochtones commerçant avec Tadoussac, la contrebande pour avoir de meilleurs prix et surtout dans les années 1660, un ennemi invisible, la variole. Il s’agissait qu’un autochtone de l’intérieur des terres descende à Tadoussac pour que l’année suivante sa bande soit décimée par cette maladie infectieuse causée par un virus, propagée inconsciemment par les Français qui en étaient immunisés et qui se transmettait d’une personne à l’autre par inhalation de gouttelettes dans l’air. Cela vous dit quelque chose?

Depuis 1647, plusieurs jésuites missionnaires avaient voyagé jusqu’au lac Piékouagami (Saint-Jean) et même jusqu’au lac Nicabau. Jean Dequen fut le premier, suivi, entre autres, du père Albanel en 1650 et des pères Dablon et Drueilletes en 1661, ces derniers mentionnant pour la première fois le nom « Chicoutimi ». Voyages éphémères pour le salut des âmes des autochtones et le désir de les guérir du fléau.

En 1674, un certain Jean Oudinette, marchand de Paris, obtint la concession de Tadoussac et s’associa à Charles Bazire, seigneur et négociant de Québec, qui avait de l’expérience en cette matière. Ils convinrent qu’il fallait, pour rencontrer les Indiens, se rendre à l’intérieur des terres jusqu’au lieu nommé Chicoutimi. C’est ainsi qu’au début de juin 1676, Nicolas Juchereau de Saint-Denis, propriétaire du navire La Sainte-Catherine, seigneur, colonisateur, commerçant, membre du Conseil de la colonie pour la traite, directeur de la Traite de Tadoussac et militaire, jeta l’ancre au bassin de la rivière Chicoutimi. Selon le père Crespieul, il était accompagné du commandant Pierre Bécard de Grandville, des charpentiers Jean Langlois et Joseph Caron, des ouvriers menuisiers Olivier Gagné, Louis Gagné et Jean Groudin, avec l’aide de Charles Cadieux, M. de Maur et M. de la Vallée; Joseph et François Du Buisson faisaient le grand cimetière et le chemin. Après avoir préparé les matériaux de construction, le 24 juin 1676, le site était déterminé et on y construisit une chapelle de 30 pieds et un magasin prêt à recevoir les marchandises. Dès le 6 septembre, des autochtones érigèrent 13 cabanes. En plus de Chicoutimi, un autre site avait été choisi, soit celui de Métabetchouan et, au cours du même mois, on y construisit une chapelle et deux maisons. Ce poste dépendait de celui de Chicoutimi pour son approvisionnement. Dès 1677, plus de 400 chasseurs vinrent au poste de traite de Chicoutimi pour échanger leurs pelleteries.

La traite des fourrures est une période importante de notre histoire et il vaut la peine qu’on la souligne et pour en savoir plus, qu’on consulte des livres tels Histoire du Saguenay de Victor Tremblay, Le poste de traite de Chicoutimi de Lorenzo Angers, Feu, fourrures, fléau et foi foudroyèrent les Montagnais de Nelson-Martin Dawson. Le livre de Russel-Aurore Bouchard, Naissance d’une nouvelle humanité au cœur du Québec, nous présente une autre page de notre histoire que nous aurions intérêt à mieux connaître.

Jacques Pelletier

Auteur du livre Le toponyme Chicoutimi, une histoire inachevée