Le 11 septembre et ses 18 ans

OPINION / On souligne en ce 11 septembre 2019, aux États-Unis tout particulièrement, le 18e et triste anniversaire des attentats du Word Trade Center.

À mes yeux, cela devient hautement symbolique. En effet, 18 ans, c’est l’âge d’Éva, la fille d’une amie à moi qui est née le jour même de cette tragédie. La voici devenue adulte. Elle est l’une des enfants du 11 septembre, comme on s’est employé à le dire afin de nommer tous ceux et celles qui sont nés en ce jour où plus de 3000 personnes ont perdu la vie suite à ces actes terroristes.

Des gens comme vous et moi qui, ce jour-là, allaient vaquer à leurs occupations, se rendaient à leur travail ou qui étaient simplement de passage à New York en tant que touristes. Des gens de tous âges, avec leur lot de peines, mais aussi avec leurs parts de joies et de rêves.

Des gens heureux ou malheureux, mais qui chaque matin se levaient en se disant tout bas : « La vie, finalement, vaut la peine d’être vécue. Elle nous réserve encore, sur notre chemin, des surprises et des parcelles d’émerveillement, des élans d’amour et des moments de bonheur. »

Le 11 septembre 2001, quand je vis à la télévision la première tour du Word Trade Center s’écrouler et qu’on annonça qu’il s’agissait d’un acte terroriste, mon petit monde s’écroula soudainement.

J’imagine qu’il en fut ainsi pour plusieurs d’entre vous. Pourtant il faisait un temps radieux, le soleil était resplendissant ce jour-là. Sans doute était-il trop beau pour être vrai !

Je m’étais levé ce matin-là en chantonnant du Félix et en me préparant à passer une journée fort occupée par mes activités. Mais la joie que je ressentais à débuter une autre journée en ce monde se transforma en un deuil immense.

Soudain, il me sembla que le monde justement venait de changer en quelques secondes et que l’humanité entrait dans une nouvelle ère. Et quand la deuxième tour s’effondra, c’est comme si le soleil dehors s’éteignit d’un seul trait. La noirceur s’installa.

Je perdis, ce matin-là et pour quelque temps, une grande part de mes aspirations. Exit la naïveté. Exit la venue d’un monde meilleur. Voilà que le registre de ma vie prenait un nouveau tournant.

Puis les années passèrent. Au fil du temps, je me suis resaisi et j’ai retrouvé mes repères ; j’ai repris espoir en l’humanité. Mais, bon an mal an, les attentats se suivirent les uns après les autres, un peu partout dans le monde. La nature de ces actes barbares varia et continua de nous choquer et de nous révolter. En janvier 2015, avec l’attentat du Charlie Hebdo à Paris, la barbarie atteint un nouveau sommet. Quand on tue à la mitraillette des caricaturistes au nom de ses convictions, de ses frustrations ou de son dieu, il y a lieu de croire qu’effectivement, la barbarie n’a plus de limite.

Et Paris fut touchée encore une fois avec l’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015. Un carnage sans nom, et au nom de quoi au juste, étions-nous en droit de nous poser comme question ? D’autres victimes innocentes qui se trouvaient au mauvais endroit, le mauvais jour, à la mauvaise heure.

Et je me dis : voilà sans doute ce qui nous reste, 18 ans plus tard, du triste legs du 11 septembre 2001. Une haine qui perdure et qui peut éclater à tout moment, là où on s’y attend le moins. Voilà les élans nouveaux de l’ignominie !

Alors, n’avons-nous pas d’autres choix que de rester debout la tête haute, à vouloir remodeler un monde meilleur malgré la lâcheté des assassins ? N’est-ce pas là l’un des grands défis du futur ? Comme si on se donnait un droit de véto contre le mot fin.

Yvan Giguère

Saguenay