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Le « show » business de l’autobus

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / En toile de fond de ce qui apparaît comme une bataille de chiffres et de ressources affectées au transport en commun se profile selon moi un problème systémique pour la Société de transport du Saguenay (STS), mais surtout pour le conseil municipal lui-même.

Par Laval Gagnon, Chicoutimi

La STS est confrontée à ce dilemme depuis longtemps, mais l’alarme a sonné plus fort en 2017 avec cette révélation de l’Institut de la statistique du Québec : de 2006 à 2016, l’achalandage des circuits de la Société de transport du Saguenay avait diminué de 21 %, passant de 5 millions à 3,9 millions.

Donnée tout aussi inquiétante, la région métropolitaine de recensement (RMR) du Saguenay était la seule au Québec à ne pas avoir connu pendant ces dix ans une quelconque augmentation d’achalandage, les autres RMR ayant pour leur part connu une hausse moyenne de 15 %. Il y avait là un étrange problème.

Pour corriger la situation, on amorçait en 2017 un plan de redressement, d’abord en diminuant la fréquence sur sept circuits en dehors des heures de pointe. Ensuite, et surtout, en redessinant l’architecture des circuits dans l’axe névralgique du boulevard Talbot en inaugurant en février 2020 un corridor d’écomobilité. Objectif : mieux desservir, retenir et accroître la clientèle la plus nombreuse, celle qui fréquente les centres commerciaux, l’université, le Cégep de Chicoutimi et le CIUSSS. Le corridor a donc bénéficié d’investissements de plus de 15 M$ dans l’infrastructure de service, soit trois stations équipées de systèmes d’information, un pavillon multiusage et un passage sous-terrain pour le cégep.

Un mois plus tard, la pandémie et la crise sanitaire chamboulaient les pronostics relativement optimistes de la STS qui, dès le 19 mars, décrétait une baisse de ses heures de service. À la fin mars, en raison « d’une forte diminution de l’achalandage sur l’ensemble du réseau », elle réduisait à une heure la fréquence de passage de ses autobus, sauf pour les lignes desservant les trois hôpitaux de la ville. Le couvre-feu imposé par le gouvernement acheva le K.-O. technique.

Le débat fait rage ces jours-ci. Il s’agit moins d’ajuster à la baisse les services en attendant la fin de la pandémie, qui raréfie dramatiquement la fréquentation, que de légitimer ou de condamner un service qui s’autofinance de moins en moins, coûte de plus en plus cher, et est relativement peu utilisé.

Le bon sens dicte toutefois d’attendre la fin de la pandémie et la reprise d’un service régulier pour évaluer la performance des mesures mises en place par la STS en partenariat avec la Ville. Mais sans attendre, il faut encourager le débat qui vient de débuter sur la qualité et la quantité de services dans une ville où l’utilisation généralisée d’un véhicule personnel est depuis longtemps la norme.

À cet égard, il faudra avoir le courage de poser quelques questions essentielles, dont celle de la configuration de cette ville imposée par une loi il y a vingt ans à partir d’une mosaïque particulièrement variée. Une ville en effet qui affiche d’énormes disparités dans les types d’occupation, avec d’importantes surfaces forestières, un vaste territoire rural, un chapelet de petites agglomérations rurales et trois ensembles urbains différents et diversifiés.

Une statistique est éloquente à cet égard. Avec ses 1136 kilomètres carrés et sa densité de seulement 133 habitants au kilomètre carré, Saguenay est une grosse exception dans les villes de plus de 100 000 habitants. Les autres se déclinent comme suit :

• Montréal — 365 km2 et 4662 habitants au km2 ;

• Laval — 247 km2 et 1770 habitants au km2 ;

• Québec — 454 km2 et 1171 habitants au km2 ;

• Longueuil — 116 km2 et 2128 habitants au km2 ;

• Gatineau — 341 km2 et 832 habitants au km2 ;

• Sherbrooke — 366 km2 et 456 habitants au km2 ;

• Trois-Rivières — 288 km2 et 465 habitants au km2 ;

• Lévis — 447 km2 et 320 habitants au km2 ;

• Terrebonne — 154 km2 et 724 habitants au km2.

En ce qui me concerne, ces chiffres questionnent encore une fois le raisonnement et la pertinence d’avoir créé Saguenay à l’époque, cette ville de semblable superficie, de densité si disparate, de si forts contrastes dans la vocation de territoires si variés entre rural et urbain, de si brusques variations dans l’étalement urbain. Une ville hors normes en fait.

Il faudra débattre en campagne électorale de la gestion cette Ville, non de ce territoire.