L’argent et le pouvoir n’achètent pas tout

OPINION / La ministre de l’Habitation, Andrée Laforest, étonne en relatant dans l’édition du 14 décembre 2019 du journal Le Progrès, une vieille offre d’il y a trois ans (janvier 2017) faite à l’époque par l’ex-maire Jean Tremblay et l’ex-directeur de l’OMH, devenu quant à lui son conseiller principal. Le titre fait scandale : « Sonia Côté refuse une offre de 1,8 M $ ». Les locataires appauvris que je défends seraient-ils tous fous au point de refuser cette offre alléchante ? Eh bien non, et voici d’autres raisons.

D’abord, repartons au point de départ. En 2015, les locataires appauvris de Jonquière ont vu mourir leur projet de coop d’habitation La Solidarité, sur lequel ils travaillaient depuis deux ans parce que l’ex-maire leur avait refilé le terrain contaminé de l’ex-Boulangerie Fortin, dont l’OMH s’était auparavant débarrassé.

Ils n’ont jamais abandonné pour autant leur projet, appuyé par 5600 signataires et 276 donateurs ayant versé à ce jour 205 000 $ sur les 900 000 $ requis. Nouvel affront, la mairesse actuelle décide de changer le zonage du terrain (résidentiel à commercial), de le décontaminer au coût de 368 000 $, pour ensuite le vendre au privé sans même penser à le redonner aux appauvris !

Premièrement, que l’OMH, la Ville ou autres promoteurs veuillent s’accaparer les 205 000 $ qui ont été récoltés en dons par les locataires appauvris serait malhonnête. Jamais nous n’accepterons de détourner les dons à d’autres fins que ce pour quoi ils ont été donnés, soit fonder une coop à Jonquière-Kénogami. Nous avons promis aux donateurs que leur argent servirait à fonder cette coop et il servira à fonder cette coop par respect et par honnêteté à leur égard.

Deuxièmement, le programme AccèsLogis, qui est sous l’aile de la ministre de l’Habitation, permet des subventions pour trois types de projets : locataires de plus de 55 ans (résidences préretraités-retraités), locataires avec problématique spécifique (OMH, OBNL), locataires à faible et modeste revenus (coopératives). La naissance d’un projet n’empêche pas l’autre, car chacun répond à un besoin distinct.

Le projet de l’OMH est à Chicoutimi, s’adresse à une clientèle spécifique (autisme, handicap physique et/ou intellectuel) dont l’OMH en est le propriétaire, le gestionnaire. Le projet de coop de Jonquière-Kénogami appartiendra aux locataires à faibles et modestes revenus qui ne présenteront aucune problématique spécifique, qui s’impliqueront à la gestion, l’administration, l’entretien et veilleront à leur bien collectif, où régneront des valeurs de coopération, de partage, d’autonomie, de démocratie.

Pourquoi nos décideurs politiques actuels veulent faire mourir, une deuxième fois, ce projet de coop, comme s’ils menaient un combat sur une arène politique ? Ceux qui leur demandent de l’aide ne sont pas des adversaires politiques, mais des locataires appauvris qui veulent, depuis six ans, fonder une coop ! Ils méritent le plus grand des respects pour cette implication en faveur du droit au logement et de la lutte à la pauvreté. Qu’est-ce qu’il y de si jouissif politiquement à écraser les efforts et l’estime des appauvris qui veulent s’en sortir ?

Voyez-vous, Mme Laforest, l’argent (1,8 M $ de l’OMH) et le pouvoir (politique) n’achètent pas tout dans la vie, surtout pas la dignité des appauvris qui continuent de se tenir debout malgré les obstacles politiques qu’on met sur leur route. L’argent et le pouvoir devraient plutôt servir à les aider à atteindre leur but collectif d’être logés sous un toit coopératif et dans un arrondissement qu’ils désirent.

Ah oui, la ministre dit qu’elle rencontre Loge m’entraide chaque mois. Faux. C’est plutôt une fois aux six mois. Elle dit que nous ne voulons que le terrain de l’ex-boulangerie. Faux. Nous proposons quatre terrains. Elle dit qu’on a reçu deux fois la même offre. Faux, c’est une fois en 2017. Voilà trois mensonges qui, à eux seuls, viennent ébranler la confiance que les locataires appauvris avaient pourtant bâtie depuis un an, avec la ministre.

Sonia Côté, coordonnatrice

Loge m’entraide