L'ampleur de la détresse personnel

OPINION / Le ministre Barrette tarde toujours à montrer qu’il est intéressé à discuter des problèmes de surcharge de travail et d’épuisement du personnel du réseau. Dans les dernières semaines, ce sont des travailleuses et travailleurs des quatre catégories qui ont signifié leur ras-le-bol face à leur réalité dans le réseau. Nous avons entendu parler des infirmières, mais aussi des préposé-es aux bénéficiaires, des agentes administratives, des travailleuses sociales et j’en passe qui ont toutes et tous vu leur charge de travail augmenter dans les dernières années.

Et pour régler ce problème, il faut un regard global. Ce n’est pas une seule action qui va permettre de donner du souffle au personnel. Surtout pas face à un ministre qui aime bien jouer avec les chiffres sur la place publique. Si on garde un regard trop étroit, sur un titre d’emploi ou une seule mesure, on risque de se faire passer un sapin. Un peu comme quand le ministre a tenté d’utiliser la création de postes à temps plein pour mieux accuser les infirmières d’être les principales responsables de leur malheur.

L’objectif du ministre Barrette dans cette crise est on ne peut plus clair. Il ne veut parler que d’un titre d’emploi et envisager le moins de solutions possibles. Question de passer rapidement à d’autre chose. Malheureusement pour lui, le personnel du réseau n’entend pas en rester là.

La solution à la pénurie et à la surcharge des infirmières, des préposé-es et de l’ensemble du personnel ne réside pas uniquement dans la création de postes à temps plein, ou encore dans la mise en place de quotas. Elle réside de manière beaucoup plus large dans l’amélioration des conditions de travail du personnel. 

Lorsque questionné par Amir Khadir sur la situation des infirmières à l’Assemblée nationale, le ministre Barrette s’est caché derrière les négociations locales de chaque établissement pour masquer son inaction. Ces négociations décideront des conditions des infirmières et de l’ensemble du personnel au niveau local. 

Et le ministre veut nous faire croire qu’il n’a pas son nez là-dedans. Alors qu’on sait qu’il a une mainmise complète sur le réseau et qu’il se permet d’appeler une direction pour annuler la suspension d’une infirmière. Il est difficile à croire qu’il n’est pas au courant de l’état des négociations locales. C’est encore plus difficile de penser qu’il n’est pas au courant de l’ampleur des reculs qui sont demandés par des employeurs. Ceux-ci demandent toujours plus de flexibilité au personnel. Si c’est ainsi qu’on veut traiter le personnel du réseau, pas étonnant qu’il y ait pénurie.

On peut bien blâmer les gestionnaires, mais il faut se rappeler qu’on leur demande de toujours faire plus avec moins. Ils sont donc réduits au rôle de Séraphin Poudrier, cherchant la moindre économie de bout de chandelle possible. C’est à cette adresse que loge le véritable problème des infirmières et du personnel. Le sous-financement maladif du réseau et la centralisation en unités bigarrées ingérables. La surcharge des infirmières est directement liée aux tâches qu’elles doivent accomplir, mais dont elles pourraient laisser la responsabilité à d’autres titres d’emploi. 

Selon l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), les infirmières ne consacreraient que 53 % de leur temps à leur champ d’expertise. Le reste serait accaparé par des tâches relevant d’un autre corps de métier. Augmenter les postes d’infirmières ne règlera pas le problème si nous continuons de diminuer les postes d’agentes administratives, de préposé-es ou à l’entretien ménager. C’est pourtant ça la réalité du réseau. 

Tous les quotas et ratios du monde ne pourront améliorer la condition des infirmières si nous ne nous attaquons pas au réel problème : le désinvestissement financier et moral du gouvernement envers le réseau.

Félix-Olivier Bonneville, infirmier

CHU Sainte-Justine 

Vice-président de la FSSS-CSN

ENFIN SUR LE PLATEAU

OPINION / La grande famille de l’opéra Faust : solistes, choristes, musiciens, équipe technique et accompagnateurs de toutes sortes, a enfin quitté la basse ville de Chicoutimi pour se retrouver sur le plateau; plus précisément au Théâtre Banque Nationale (TBN). Pour une sixième année consécutive, ce lieu symbolique d’un référendum perdu s’est libéré pour nous recevoir, business as usual, moyennant rançon. Après moult répétitions dans un sous-bassement d’église surchauffé, sec, mal aéré et obsolète (on mérite mieux) situé tout au pied du plateau chicoutimien, nous voici enfin installés au pinacle des salles de spectacles pour une semaine fébrile et prometteuse en émotions. Tout cela n’est pas sans susciter en moi, je ne suis pas le seul, un sentiment de fierté ainsi que la satisfaction du devoir accompli.

En effet, le chœur s’est préparé à cet événement annuel tout l’automne et une bonne partie du mois de janvier dans l’attente de notre vaisseau amiral : les solistes. N’est-il pas maintenant venu le moment d’en récolter les fruits ? Pour une cinquième fois (loin du record personnel de l’un des nôtres) je vais fouler les planches du TBN pour remplir le rôle de faire-valoir à la très talentueuse brochette de solistes qui se produiront à partir du 16 jusqu’au 18 février prochain. Supportée par l’orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Jean, rien de moins, la période des enchaînements va se poursuivre jusqu’au tant attendu soir de première. Le blues du businessman, ça tourne continuellement dans ma tête par les temps qui courent. 

Marcel Lapointe, Jonquière