L’amour du café

OPINION / Les Canadiens adorent le café, peu importe le prix on dirait. Son prix sur les marchés mondiaux a atteint son plus bas niveau depuis 13 ans, mais les prix au détail augmentent et les Canadiens en achètent toujours de plus en plus.

Le café, cette denrée unique en soi, se révèle indispensable pour bon nombre de Canadiens. Populaire et désiré, il nous fait commencer la journée du bon pied, et ce, jour après jour. Selon un récent rapport de l’Association canadienne du café, 72 % des Canadiens boivent au moins une tasse de café par jour, comparativement à 64 % pour les Américains. Plus de 87 % de la population canadienne se considère comme des buveurs de café. Les plus grands adeptes au Canada se retrouvent au Québec, puis en Colombie-Britannique, toujours selon ce même rapport. Le buveur de café moyen consommera 2,3 tasses par jour comparativement à 1,7, en 2011. Le café a donc de plus en plus la cote.

La demande pour les produits expresso a augmenté, passant de 14 % en 2014 à 24 % en 2018. Même si ce sont les boomers qui en consomment le plus, les jeunes boivent un breuvage spécial à base de café. Cette catégorie de boissons comprend les cappuccinos, cafés au lait, espressos, cafés Mocha, cafés américano et macchiato. Quant aux groupes ethniques, ils semblent prendre goût à la caféine. Les Asiatiques, amateurs invétérés de thé, apprivoisent le café en arrivant au Canada. Au total, 67 % des Asiatiques consomment du café quotidiennement. Le pouvoir d’attraction du café est notable, puisque plusieurs individus n’ayant jamais eu accès au produit étant jeune dans leur pays d’origine se laissent séduire par les arômes veloutés de la caféine.

Le rapport dresse aussi un portrait de ce que les consommateurs ajoutent dans leur café. Le lait semble l’ingrédient le plus populaire à 68 %, suivi du sucre à 44 %. Cependant, 5 % des consommateurs qui sucraient leur café en 2014 ne le font plus. Environ 4 % ajoutent chaque fois du miel et un petit 2 % optera pour le sirop d’érable. La façon de préparer notre café à la maison n’a pas trop changé au fil des dernières années. Pendant que 41 % des Canadiens préparent encore un café filtre ordinaire, 28 % possèdent une machine à capsules de café pour des portions singulières et près de 11 % utilisent une machine à expresso. Fait intéressant, plus de 26 % des Canadiens achètent du café en grains non moulu comparativement à 16 % en 2014. Plus d’ouvrage à la maison, mais plus populaire.

Bref, le Canada demeure l’un des pays comptant le plus grand nombre de buveurs de café au monde, et la popularité du breuvage se consolide avec les nouvelles générations et les immigrants. Le café demeure l’immortel alimentaire par excellence. Mais le Canada règne de manière incontestée sur la consommation de café hors ménage, en restauration. La plupart des consommateurs remarquent pourtant qu’ingurgiter un café en dehors de chez eux devient constamment plus dispendieux.

Peu importe les fluctuations du prix du grain de café, le coût de notre petite dose matinale augmente sans cesse. Sur les marchés internationaux, le café a atteint son prix plancher depuis 13 ans, mais la tasse de café à notre bistro favori coûte toujours plus cher. La plupart d’entre nous l’acceptent volontiers et comprennent à quel point la demande pour un café chaud le matin est élastique. Changements climatiques, salaire minimum, les excuses pour augmenter le prix du café se succèdent, mais peu importe son prix, nous en buvons toujours.

Le coût du café représente à peine 10 % du prix total d’une tasse au restaurant. Donc une hausse du café sur les marchés mondiaux ne changera pas grand-chose. Ce qui change depuis quelques années, c’est la façon de monnayer le café au détail. Étant donné que presque personne ne paie son café avec de l’argent comptant, le constat du coût de la tasse ne se fait pas nécessairement d’emblée comme avant. Un franchisé peut augmenter de cinq cents le prix d’une tasse sans que personne ne s’en aperçoive vraiment. Cette dynamique s’applique pour plusieurs produits que l’on achète, mais le café quotidien se prête facilement au jeu de l’illusion que rien ne change.

Notre amour pour le café ne cessera pas demain matin, même si cela nous coûte un peu plus cher. Pour ceux qui digèrent mal ces augmentations, il y a toujours le thé, dont le prix demeure relativement stable depuis quelques années.

Sylvain Charlebois

Directeur scientifique, Laboratoire de recherche en sciences analytiques agroalimentaires

Professeur en distribution et politiques agroalimentaires, Facultés d’agriculture et management, Université Dalhousie