L’aluminium canadien au cœur de la tourmente

Cette lettre a été écrite par Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada.

OPINION / Alors que l’économie mondiale tourne au ralenti, la production canadienne d’aluminium est au cœur des efforts visant la production des matériaux essentiels à la lutte contre la COVID-19. Tout en préparant la reprise éventuelle, l’industrie et ses 7500 travailleurs québécois demeurent engagés quotidiennement et de façon sécuritaire afin de maintenir les opérations jugées essentielles, une tâche colossale par les temps qui courent.

La sécurité de nos travailleurs avant tout

La COVID-19 pose ainsi un défi quotidien et sans précédent à la résilience de nos ressources humaines. En plus de se préoccuper du bien-être de leur famille et de leurs proches, elles maintiennent nos opérations en continu 24 heures par jour, 7 jours par semaine, afin d’éviter la perte de nos cuves d’électrolyse, dont le redémarrage prendrait des mois et coûterait des millions de dollars.

Malgré ces nombreux défis, dans l’ensemble de notre industrie, les gens s’affairent à la tâche avec le même engagement qu’ils mettent à répondre à l’urgence créée par la COVID-19, afin de faire partie de la solution. Nous ne faisons aucun compromis et prenons toutes les mesures extraordinaires requises par les directives gouvernementales, afin d’assurer la sécurité de nos travailleurs et de nos communautés. De la prise de température de nos employés à la production de savon à main sanitaire, nous répondons à l’appel rapidement et de façon créative.

Un contexte de marché pire qu’en 2009

La crise de la COVID-19 vient amplifier une spirale négative déjà bien amorcée depuis quelques années dans notre industrie, avec les aléas commerciaux de notre marché principal, les États-Unis, et une baisse des prix tirée pas la surcapacité chinoise. À moins de 1500 $ la tonne, le prix du métal sur la bourse des métaux de Londres (LME) atteint un creux record pour les quatre dernières années, alors que l’on se dirige sous la barre des 1400 $ la tonne, avec des stocks mondiaux de quatre millions de tonnes, une perspective pour le moins désastreuse. Cette dynamique ne changera qu’avec la fermeture de sites de production dans le monde : un jeu de chaise musicale planétaire où personne n’est vraiment à l’abri.

Ce sont pour nous des défis considérables, dans un marché en contraction, marqué par les fermetures de producteurs automobiles en Europe et en Amérique du Nord. Pour nos travailleurs, nos communautés, nos fournisseurs et nos investisseurs, nous devons faire preuve d’agilité afin de maintenir nos niveaux de production et être en place pour capturer la relance une fois la pandémie passée.

Pour être là à la relance

Au cours des prochains mois, alors que nos liquidités seront grandement à risque, dans des marchés incertains, les gouvernements pourront alléger le fardeau des entreprises en utilisant les outils financiers leur permettant d’accélérer certaines remises, tels que récemment annoncés, et d’autre part reporter certaines obligations, tout en s’assurant de livrer le financement de projets engagés avant la crise. Il faudra aussi faciliter le maintien des transactions commerciales par des mécanismes d’assurance souples et adaptés. Une approche sensée, rapide et à peu de frais laissant toute l’agilité requise à l’entreprise pour gérer de façon efficiente ses liquidités et maintenir ses liens commerciaux.

Une sortie de crise « Fabriquée au Canada »

Il peut sembler prématuré de parler de relance, mais tout en luttant sur le plan de la santé publique, le Canada doit se préparer à saisir les occasions issues de cette crise. Nous devons avoir une stratégie pour survolter les secteurs industriels, une espèce de Plan Marshall qui ne laisse personne derrière. Notre production responsable dans différents domaines des ressources et de la production manufacturière doit prendre tout son sens dans la reconfiguration des chaînes de valeur à l’intérieur d’une vision circulaire régionale, valorisant l’utilisation de matériaux à faible empreinte carbone, authentifiés par une traçabilité qui en assure l’intégrité.

Les enseignements de cette crise devraient nous orienter vers la recherche de solutions d’abord locales et régionales et conçues et fabriquées dans une perspective de durabilité.

Nos gouvernements devraient s’assurer que chaque dollar d’approvisionnement gouvernemental contribue comme jamais auparavant à l’utilisation de solutions novatrices portant le sceau « Fabriqué au Canada » à partir de matériaux à faible empreinte carbone tel que l’aluminium.

On pourra ainsi contribuer à la cible de réduction de CO2 tout en valorisant l’emploi et la production domestique.

Mettre fin aux abus de la surcapacité chinoise

Sur la scène internationale, le Canada doit mobiliser ses partenaires du G7, afin de régler une fois pour toutes l’élément fondamental affectant le marché mondial : la surcapacité chinoise. Comme en témoigne un rapport de l’OCDE datant de janvier 2019, la Chine a donné en subventions 70 milliards $US en cinq ans à cinq alumineries chinoises. Cette démesure assure le maintien sur le respirateur artificiel d’usines chinoises non compétitives, transférant du même coup le fardeau de fermetures sur des usines compétitives ailleurs dans le monde.

Une action concertée des pays producteurs est maintenant requise pour mettre fin aux abus perturbateurs, rétablir un marché équilibré, et assurer à chacun la place qui lui revient dans une reprise éventuelle. La survie de l’aluminium canadien et l’avenir de notre industrie en dépendent.