L’abus n’exclut pas l’usage

OPINION / Ce matin, encore présent, au grand complet, dans la rubrique du Carrefour des lecteurs du Quotidien de Saguenay, Sylvain Charlebois, celui que l’on surnomme « the food professor », critique celles et ceux qui professent pour une alimentation sans protéines animales. L’association EAT de Stockholm en l’occurrence.

En premier lieu, il dit avoir visité des restos véganes et végétariens qui l’ont fait sourciller, car, dit-il, malgré qu’on n’y serve pas de viande, les prix des menus ne se prêtent pas à toutes les bourses. Il donne en exemple : deux repas pour une famille de quatre peuvent coûter plus de 60 $. Mettons 72 $÷2=36 $÷4=9 $. Neuf dollars par personne pour autre chose que du «fast food», une vraie aubaine pour un repas ; en famille de surcroît.

Une autre raison invoquée par Charlebois pour continuer notre diète carnassière est d’ordre émotif. « La viande a le pouvoir d’unir autour d’une table des familles et des communautés tout au long de l’année pour diverses raisons. » Comme si on ne pouvait pas unir la famille autour d’une table pour d’autres raisons que celle de manger de la viande. Par exemple, un repas végane pour une famille de quatre fabriqué chez soi : une super aubaine !

Au demeurant, les familles sont devenues si peu nombreuses avec si peu de membres que l’argument d’unité familiale tient de moins en moins la route.

Une chance, l’être humain possède une grande capacité d’adaptation pour faire face aux contraintes imposées par la lutte aux changements climatiques, qui nous invite à modérer nos transports en consommant beaucoup moins de protéines animales. Une étude publiée dans la revue Nature indique que la production d’un kg de bœuf entraîne 32,5 kg de GES équivalent CO2. En multipliant ces kilogrammes par le nombre de consommateurs et de jours, au bout de l’année, le mot vertigineux est un euphémisme.

Un rapport rédigé par un groupe suédois de 37 experts (médecins, environnementalistes, économistes, sociologues), critiqué par « The food prof », avance qu’il faudrait réduire notre consommation à une portion de viande et huit onces de lait par semaine, pour maximiser la santé humaine et la viabilité de l’environnement. Selon le rapport, une telle mesure éviterait 11 millions de décès prématurés.

Les Occidentaux, premiers prédateurs des ressources de la planète, doivent prêcher par l’exemple en diminuant radicalement leur consommation de protéines animales.

De toute façon, l’abus n’exclut pas l’usage.

Marcel Lapointe

Jonquière

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MODE DE SCRUTIN ET INTÉGRITÉ DU TERRITOIRE

OPINION / Parmi les paramètres qui doivent orienter une réforme du mode de scrutin se trouve celui du maintien de l’unité de la nation et de son territoire. Le mode de scrutin de type proportionnel est-il susceptible de faire obstacle ou, au contraire, de favoriser l’émergence de forces ou de partis politiques régionaux plutôt que nationaux, voire de partis religieux comme c’est actuellement le cas en Ontario ?

Il existe au Québec une nébuleuse de groupes ethniques, culturels, religieux, linguistiques, situés pour la plupart dans la partie ouest du territoire québécois.

Cette région, très populeuse, jouxte une juridiction provinciale voisine, l’Ontario, où l’on trouve un univers culturel analogue susceptible d’exercer une force d’attraction culturelle, économique et politique considérable en cas de changement fondamental du statut politique actuel du Québec.

Qui plus est, l’immigration massive à Montréal et dans l’Outaouais aura comme résultat qu’en cas de référendum gagnant portant sur l’indépendance du Québec, une partie de la population de la région métropolitaine ainsi que de l’Outaouais pourrait faire connaître bruyamment sa ferme volonté de continuer à faire partie du Canada plutôt que de poursuivre dans un Québec indépendant. L’expérience du Programme des commandites, qui n’était pourtant qu’un volet d’une stratégie beaucoup plus vaste, enseigne qu’Ottawa appuierait de toute sa force un tel courant sécessionniste.

Une volonté de rattachement d’une région présentement québécoise au reste du Canada pourrait alors être exprimée vigoureusement, démocratiquement et internationalement par un parti politique à base régionale. Enfin, on peut compter sur Ottawa pour s’assurer de la stabilité des futures limites frontalières d’une nouvelle et vibrante « province of Montreal ». D’où l’importance, pour un mode de scrutin donné, de ne pas ouvrir la porte ou favoriser l’émergence de quelque parti politique régional ou religieux que ce soit à l’avenir.

Léonce Naud, géographe

Deschambault