Lab-École : non souhaitable

OPINION / Ce qui a marqué la majorité d’entre nous dans notre cheminement scolaire, ce sont principalement les professeurs. Ce sont eux qui ont été les plus déterminants dans notre développement hors de la famille. Il s’agit de se remémorer ces années d’études pour voir apparaître des visages de profs qui, non seulement nous ont enseigné des matières académiques, mais aussi, pour certains plus que d’autres, nous ont donné des leçons de vie, pour la vie.

Parmi nos contemporains, plusieurs ont vécu ces années dans des écoles de rangs, des roulottes de chantier, dans toutes sortes de conditions peu propices à l’apprentissage et qui, malgré cela et parfois à cause de ces conditions difficiles, ont développé des qualités et sont devenus des citoyens pleinement épanouis. Il en va probablement de même pour plusieurs des nouveaux arrivants que le Québec accueille, à avoir cheminé dans des écoles encore plus rudimentaires.

Le lieu physique est important, assurément, mais ce n’est pas la valeur première dans le cheminement scolaire ; l’humain et sa formation de citoyen sont les priorités. Il y a aussi les gros « chantiers » en cours à compléter (les maternelles 4 ans, le parc immobilier existant, etc.).

Où se situe le projet de Lab-École dans tout cela ? Les coûts révélés dans le Journal de Québec du 28 novembre ont raison de surprendre. Ils sont venus confirmer ce que plusieurs redoutaient. Ces coûts sont astronomiques avant l’exécution. Mais que vont-ils devenir lors de la construction et son cortège de suppléments ?

Nous ferions ces écoles-parfum alors que plusieurs écoles du Québec sont en piteux état, que les enseignants et les aides pédagogiques réclament du soutien, de la reconnaissance. Ça m’attriste de penser que ces Lab-Écoles vont se réaliser. Il y a la facture, mais quel climat social va créer ces écoles de luxe dans leur milieu respectif ? Un clivage non souhaité et non souhaitable…

Dans les pays où existe ce genre d’écoles, celles-ci n’ont pas jailli par génération spontanée comme on veut le faire ici. Elles sont l’aboutissement d’un long processus qui remonte à des dizaines d’années de gestation. Il a fallu des efforts, du courage, des essais, de la réflexion, des consultations et du temps. Ils y sont arrivés collectivement et avec patience.

Serait-il possible d’être simplement cohérent avec nos réalités et nos objectifs ?

Yves Bergeron, architecte retraité

Saguenay