La viabilité de la mondialisation

OPINION / La crise que nous vivons présentement nous force à nous questionner sur la viabilité à moyen et long terme de la mondialisation. La semaine dernière, le premier ministre Legault exprimait d’ailleurs le souhait que le Québec devienne plus autonome, afin d’assurer son autosuffisance en biens essentiels comme les équipements médicaux ou la nourriture.

En résumé, la mondialisation a permis la spécialisation des pays, au détriment de la diversification. Et ce contexte de crise nous a permis de prendre conscience des limites que cela impose.

Transposons maintenant cette réflexion dans notre contexte régional. Si l’autonomie se définit comme la situation d’une collectivité, d’un organisme public doté de pouvoirs et d’institutions leur permettant de gérer les affaires qui leur sont propres sans interférence du pouvoir central, on a du chemin à faire.

Ce manque d’autonomie vient principalement d’un manque cruel de visionnaires parmi nos décideurs régionaux. Des visionnaires capables de proposer des projets rassembleurs et générateurs de fierté. Des visionnaires qui seraient conscients des enjeux auxquels nous devrons faire face dans le futur et surtout conscients de l’incroyable potentiel de développement qui sommeille en nous et qui nous permettrait de nous démarquer.

Cette crise est peut-être l’occasion rêvée pour prendre un peu de recul afin d’analyser la situation. Pour une fois, ne nous précipitons pas pour trouver des solutions économiques, comme le souhaiterait, entre autres, Mme Néron.

À la place, attardons-nous plutôt sur le pourquoi de ce manque de vision et surtout d’ambition.

La grande question est : avons-nous présentement les bonnes personnes en position d’autorité, qui seront capables de nous guider pour faire face aux défis qui nous attendent ?

Personnellement, je pense que non et c’est ce qui est le plus inquiétant. S’il y a une chose que cette crise nous ait apprise, c’est bien que plus les choses deviennent difficiles, plus la capacité de prendre des décisions des dirigeants pour le bien commun devient importante. Et les capacités à nous y préparer sont plus importantes encore.

Car rien n’indique que nous sommes au bout de nos peines, au contraire.

La vérité, si l’on prend le temps d’écouter un tant soit peu ce que les scientifiques essaient de nous dire depuis de nombreuses années, c’est que non, ça ne va pas bien aller.

La vérité, c’est que nous devrions vivre de plus en plus de crises de ce genre dans les prochaines années, conséquences directes du réchauffement climatique et de notre entêtement à promouvoir un développement économique basé essentiellement sur l’exploitation, à l’infini, des ressources de cette planète, qui nous accueille pourtant si généreusement.

La vérité, c’est qu’il est sans doute déjà trop tard pour éviter le pire, car il n’y a aucun signe à l’horizon qui indique que nous serons en mesure de respecter les cibles de l’accord de Paris. Aucune réelle volonté politique. Ni au niveau mondial ni au fédéral ni au provincial et encore moins au niveau régional.

Notre niveau de conscience individuelle et collective face à ces enjeux commence à peine à s’améliorer grâce à la crise du COVID-19. Pourtant, plusieurs personnes ne se font aucune illusion, les risques sont grands que le « retour à la normale » ne se résume en fait qu’en une fuite en avant.

Alors, avant de recommencer à nous entredéchirer à propos de GNL ou de tout autre projet industriel controversé, j’aimerais attirer votre attention sur un autre élément primordial que cette crise a mis en lumière.

Nous vivons dans l’un des meilleurs endroits au monde pour faire face à de telles situations, s’y adapter et nous préparer à profiter de ce qui viendra !

Pendant qu’une grande partie de la population mondiale vivra les conséquences désastreuses du réchauffement, nous de notre côté, nous devrions pouvoir continuer à bénéficier de conditions de vie favorables. L’idée, ici, n’est pas de se réjouir du malheur des autres, mais plutôt de prendre conscience du rôle que nous pourrions jouer, à la fois pour assurer notre survie, mais peut-être celle de milliers d’autres êtres humains.

Alors, pourquoi ne pas profiter d’une éventuelle relance pour développer et protéger nous-mêmes nos ressources naturelles, au lieu de les vendre au rabais à des promoteurs qui ne viennent ici que pour les exploiter.

Développons le secteur agroalimentaire en symbiose avec le secteur touristique; protégeons et commercialisons notre eau; construisons des quartiers écologiques pour accueillir les gens désireux de vivre dans un milieu de vie sain; investissons sur la mobilité durable; servons-nous des technologies pour améliorer la qualité de vie des citoyens, etc.

Pensez au formidable pouvoir d’attraction que cela représente pour une région.

Nous avons toutes les ressources en place pour nous positionner comme un modèle au niveau de la transition socioécologique au Québec et partout dans le monde. Ne manque que la volonté.

Alors entre deux dessins aux couleurs de l’arc-en-ciel, il serait peut-être temps d’envisager sérieusement de développer notre autonomie régionale, au lieu de dépendre constamment d’interventions externes.

Faisons-le pour notre avenir et surtout celui de nos enfants.

Jean Duplain

Citoyen du Saguenay-Lac-Saint-Jean