La tyrannie de la majorité

OPINION / Je me permets d’expliquer pourquoi je m’oppose au projet de loi 21. Le grand philosophe français Alexis de Tocqueville affirme dans son œuvre classique, De la démocratie en Amérique, que l’État a l’obligation de protéger les minorités contre ce qu’il appelle « la tyrannie de la majorité. » Car, il s’agit exactement de cela dans le débat actuel au Québec. La majorité a-t-elle le droit de dicter aux minorités comment elles doivent s’habiller ? La liberté de se vêtir comme on veut et de porter les symboles que l’on choisit est un droit fondamental de tous les pays anglophones. Il n’est pas question de restreindre le port de symboles religieux dans les autres pays du Commonwealth ou aux États-Unis ou en Irlande. Le conflit actuel au Québec représente donc deux batailles : celle de la majorité contre les minorités, et celle des francophones contre la jurisprudence anglaise.

Après avoir vécu quarante-deux ans à Chicoutimi, je me rends compte que beaucoup de Québécois ont un problème avec la religion en général et les religions spécifiques. Dans sa chronique du 11 février 2019, Sébastien Lévesque déclare : « Dire que les Québécois sont islamophobes est un abus de langage. En fait, si les Québécois ont bel et bien une quelconque “phobie” du genre, je dirais qu’ils sont surtout allergiques aux religions. Les Québécois sont “religiophobes”. Ils n’aiment pas les religions. » Je dirais que la grande majorité des Québécois, surtout les intellectuels, sont athées. Je les ai souvent entendus dire : « Dieu n’existe pas et toutes les religions sont stupides. » Moi qui ne suis pas athée, je me console en me disant qu’ils diraient que René Descartes, Blaise Pascal, Immanuel Kant, Leo Tolstoy, Carl Jung et Paul Tillich étaient stupides comme moi parce qu’ils étaient religieux.

Je suis simplement incapable de me débarrasser de ma culture biblique ou d’oublier mes expériences religieuses. Je me demande toujours sur quoi les athées se basent lorsqu’ils doivent prendre des décisions morales. Les chrétiens comme moi se demandent simplement quel serait le choix moral que prendrait Jésus s’il était confronté à la question morale que je dois résoudre. Dans le cas des immigrants, par exemple, il est certain que Jésus aurait souhaité que les chrétiens accueillent les étrangers avec les bras ouverts, qu’ils ne les jugent pas et qu’ils leur souhaitent la bienvenue. C’est le message du chapitre 25 de l’Évangile selon Matthieu. L’islamophobie et l’antisémitisme sont simplement contraires aux valeurs les plus fondamentales de la religion chrétienne.

Lorsque les Québécois rejetèrent l’Église catholique pendant la Révolution tranquille des années 70, beaucoup d’entre eux abandonnèrent en même temps tout lien avec le christianisme sans aller chercher dans la Bible leur propre interprétation de cette religion. Je suis en train de lire le livre qu’a écrit Victor-Levy Beaulieu sur Friedrich Nietzsche. Beaulieu et Nietzsche étaient tous les deux très opposés à la religion chrétienne.

La phrase de Nietzsche que Beaulieu admire le plus est celle-ci : « Nous devons inventer un nouveau terrorisme. » Personnellement, je préfère les paroles du Christ.

Robert Dôle

Chicoutimi

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ATTEINDRE LA PAIX SOCIALE

Je crois depuis longtemps qu’une société doit reposer sur le respect de l’individu dans la mesure du possible ; peu importe son sexe, sa langue, la couleur de sa peau ou son orientation sexuelle. J’ai beaucoup plus de réserve en ce qui concerne les religions qui, en général, racontent des vérités uniques en laissant de côté la recherche de la vérité.

Les religions sont source de conflit et de division ; c’est d’ailleurs la principale cause des guerres dans l’histoire du monde, mon dieu est meilleur que le tien. À ceux qui répètent béatement qu’il n’y a qu’un seul dieu je dis ceci : croyez-vous vraiment que les partisans de ces dieux tiennent le même discours ?

Dieu, c’est une abstraction et une création de l’homme qui par peur de la mort s’est inventé des paradis artificiels. Dieu n’a jamais rien dit, ce sont les hommes qui le font parler et lui font dire n’importe quoi pour se rassurer et se donner bonne conscience.

Au Québec, il y a cinquante ans, nous avons choisi de combattre l’intégrisme religieux de notre enfance et nous avons gagné ce combat. Aujourd’hui on veut nous ramener en arrière pour laisser la place à des religions envahissantes venues d’ailleurs.

Que ça plaise ou non, chez Québec solidaire, le voile islamique n’est rien d’autre que le porte-étendard de l’islam politique, un sérieux problème à la grandeur de la planète.

La paix sociale, nous l’atteindrons si tout le monde se calme la bondieuserie et c’est pour ça que le projet de loi est nécessaire et qu’il faut l’appuyer avant que les Adil Charkaoui et compagnie nous entraînent dans une guerre civile. Ce n’est pas une question de couleur politique ; c’est la seule façon de favoriser le vivre ensemble.

Fernand Turbide

Saguenay