Là trônait fièrement la Maison Bossé

OPINION / Pour étudier le comportement des requins, l’explorateur des mers s’était fait plonger dans leur habitat naturel, à l’aide d’une cage de métal présumément robuste. Une armée de prédateurs a eu tôt fait de l’entourer et de lui foncer dessus pour s’approprier la proie qu’elle contenait. Vite fait, les hommes du commandant remontèrent la cage qu’ils constatèrent, stupéfaits, incroyablement déformée. À un point tel, qu’il leur fallut des outils de décarcération pour en extirper le plongeur.

La méthode des requins est la même utilisée chez des promoteurs, gens d’affaires et élus peu sensibilisés, voire aveugles, face à l’importance du patrimoine bâti. On commence par bâtir moderne autour du lieu patrimonial convoité qu’on veut jeter à terre ; ensuite, on le fait déclasser ; puis, on rase ce qui, à première vue, est devenu une incongruité dans le paysage. Ne reste plus, enfin, qu’à ériger sur le lieu devenu « profane » une reproduction bêtement similaire aux autres bâtiments, pour effacer toutes traces du passé.

Marcel Lapointe

Jonquière

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L'ATTEINTE DE LA PARITÉ: UN COMBAT PERPÉTUEL

OPINION / En septembre dernier, Mme Lise Payette, la toute première ministre de la Condition féminine du Québec, nous quittait. Les Québécoises et les Québécois ont rendu un hommage national bien mérité à cette femme, grande défenderesse de l’égalité des sexes, qui a contribué à faire évoluer les mentalités de la société québécoise.

D’ailleurs, si aujourd’hui sept Québécois sur dix considèrent que les partis politiques devraient présenter autant de candidates que de candidats aux élections, c’est en grande partie grâce à cette femme de convictions qui nous laisse en héritage une société plus encline à l’égalité. Bien que des avancées majeures en ce domaine aient été réalisées depuis l’élection de Mme Payette en novembre 1976, un long chemin reste à parcourir.

Nous pouvons certes nous réjouir que le Québec ait fait élire 42 % de femmes aux dernières élections provinciales, ce qui est évidemment une nette avancée. Toutefois, cette réjouissance ne devrait pas assouplir notre obligation, en tant que société civile, de perpétuer le travail pour l’accroissement de la participation des femmes à la sphère politique, car ce combat reste un long chemin semé d’embûches, dont la destination n’est toujours pas atteinte. Aussi, n’oublions pas que la progression vers la parité dans nos instances ne garantit pas la possibilité de s’en éloigner à l’avenir. Ainsi, si en 2012, le Québec a connu une année record en élisant 32,7 % de femmes, cette progression a aussi connu un léger recul en 2014, tandis que seulement 27,2 % de candidates ont été élues à l’Assemblée nationale, amorçant un recul de 5,5 %. De même, cette hausse n’a pas été aussi importante lors des élections municipales de novembre 2017, alors que 32,2 % de femmes ont été élues pour une augmentation de seulement 2,4 % par rapport à 2013.

D’ailleurs, de nombreux enjeux demeurent concernant la sous-représentation des femmes en politique. Il suffit de noter les freins, tels que la perception conflictuelle du monde politique, les difficultés de concilier travail et famille – en raison de l’inégal partage des responsabilités familiales entre les hommes et les femmes –, la culture des partis et des institutions politiques, ainsi que la socialisation différenciée entre les garçons et les filles qui découragerait à long terme les femmes de faire leur entrée dans le monde masculin de la politique.

Bien au-delà des plaques de voitures, la devise Je me souviens, prend ici tout son sens. Les Québécois et les Québécoises doivent se souvenir que Mme Payette a largement alimenté les réflexions sur l’égalité hommes-femmes et a mobilisé les décideurs pour qu’ils agissent en ce sens. Maintenant, notre devoir est de faire honneur à son héritage en poursuivant le travail qu’elle a engagé pour l’atteinte de cette nécessaire parité, une juste représentation de la société. Une chose est certaine, la présence accrue des femmes en politique passera par une conviction affirmée des décideurs en faveur de changements structurels et organisationnels favorisant leur entrée dans le monde politique, ainsi que par une vision structurante de leur accompagnement global vers la politique.

Audrey Boisjoly

Mairesse de Saint-Félix-de-Valois

Présidente du Comité femmes et politique municipale

Membre du conseil d’administration de la FQM