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La STS emportée par la méthode Toyota?

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Le Quotidien
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OPINION / Cauchemar. Préoccupés par la difficulté à équilibrer les budgets annuels et inquiétés par la dette municipale à juguler, les élus du conseil de ville approuvèrent la proposition du comité des finances de réduire la facture pour la couverture d’incendies en sabrant le nombre de pompiers en stand-by dans les casernes, qui se tournent les pouces en baillant aux corneilles entre deux alertes. Également, certains paramètres (minutage et kilométrage) de la couverture du risque d’incendie ont été revus pour réduire le budget affecté au service. Maintenant, et non le moindre, le service de police est, à son tour, dans le collimateur des promoteurs de l’austérité.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

Le même scénario que pour le transport en commun, en 2022, où le conseil de ville « pu capab » a tranché dans le vif du transport en commun. Fondement du débat d’une bien-pensance : le transport en commun est un gouffre financier sans fond, en partie dû au vieillissement de la population d’une part, et de l’autre au trop faible apport de sang neuf à Saguenay par accroissement naturel de sa population, ou autrement.

Puis, une autre décision, à première vue sans conséquence : pour restreindre les coûts occasionnés par l’opération des piscines publiques, désormais, les systèmes de filtration et de maintien de la température de l’eau seront mis sur pause au cours des périodes quotidiennes d’inutilisation, le jour ; et au cours de la nuit, va sans dire. Malgré les arguments avancés, du bout des lèvres, contre cette proposition antisanitaire par une minorité d’élus, la motion fut adoptée à l’unanimité.

Réveil.

En flânant au lit, je ressens comme un malaise prémonitoire et, du coup, je me surprends à imaginer que la direction de la Société de transport du Saguenay (STS) devrait songer à teinter les vitres de tous ses autobus. Après tout, l’invisible à nos yeux ne fait pas mal. « Si vous cachiez ce gaspillage de fonds publics que je ne saurais voir. »

Il me vient en mémoire les fois où le conseiller municipal et président aux finances de la Ville, Michel Potvin, a remis en question l’existence même du transport en commun à Saguenay, pour des raisons de sous-utilisation de ce service public crucial. Commode d’instrumentaliser ainsi la STS, par les temps qui courent, à des fins électoralistes. Encore, à la télé, récemment, monsieur nous a servi son numéro de l’élu « pu capab » avec la STS.

Seulement, je suis demeuré interdit quand, en page 14 du journal Le Progrès, le 16 janvier dernier, l’argument des autobus vides ruminé et régurgité jusqu’à plus soif m’a frappé de plein fouet. Sur une demi-page, la photo d’un autobus vide, prise de l’intérieur, rien de moins, surplombé du gros titre La STS, un modèle révolu. Fut-il nécessaire d’en dire davantage pour faire pencher l’opinion publique du bord dont on se doute bien ? Cependant, si les opérations de la STS s’avèrent coûteuses et discutables et grèvent gravement le budget de la ville, cela reste à démontrer et ça n’a jamais fait l’objet d’un débat public.

La prise de position du chroniqueur Roger Blackburn, soutenant l’argumentaire de Michel Potvin, ne pourra faire autrement que de le conforter dans ses convictions. Lui qui voudrait couper 3 millions $ par année dans le transport en commun, voilà que le populaire et influenceur chroniqueur suggère une série de mesures qui, pratiquement, mettraient en cercueil la STS. Des économies annuelles de plus de dix millions pour le Trésor public, à mon avis.

Les mesures avancées ne couperaient pas juste le membre supposément gangrené, mais entraîneraient la mort de l’hôte. Pour la principale frange de la clientèle de la STS, les étudiants, M. Blackburn suggère : UberTransport, Allo-Stop, Communauto et le télétravail, à l’aune de la débrouillardise. À la limite, l’auto-stop comme dans l’temps.

L’utilisation d’algorithmes que posséderait Google pour suivre les faits et gestes des usagers pourrait assurer leur sécurité tout en les desservant. Nos téléphones donnent notre position, livrent nos propensions et notre situation. Qu’à cela ne tienne, utilisons-les même au détriment du respect de la vie privée ! De quoi faire se retourner Georges Orwell dans sa tombe. Le peu d’intérêt porté par la population à l’application téléphonique Alerte COVID ne démontre-t-il pas une méfiance envers les bidules numériques, de toutes sortes, qui sèment nos traces?

Les soirs, pour aller suivre des cours, assister à des spectacles, faire des commissions, etc., la flotte des autobus scolaires serait l’outil de choix, selon M. Blackburn. En guise de prix de consolation, on conserverait à Chicoutimi le génial corridor d’autobus joignant le centre-ville au Costco du boulevard Talbot, le seul vraisemblablement rentable, qui dessert l’hôpital, le cégep, l’université et les centres d’achats.

Un buffet de mesures disparates proposées à l’usager voulant se déplacer autrement qu’en voiture solo, d’application contestable, n’ayant rien à voir avec du transport en commun. Un train de mesures en remplacement de la STS allant carrément à contrario du développement socioéconomique de la ville. Comme si, soit dit en passant, la présence et le développement de la STS ne présentaient, à eux seuls, aucune retombée économique.

Débat public

Le moins que l’on puisse dire est que ces prises de position pour sortir la STS du décor urbain nécessitent la tenue d’un débat public équilibré, mettant en présence les acteurs pertinents, suivi d’une consultation à l’échelle de la ville. Le sort de ce qui est considéré à l’avantage de l’économie verte, du développement durable et de la diminution des inégalités sociales en dépend ; cela ne peut reposer qu’entre les seules mains des premier et quatrième pouvoirs et de quelques autres bien-pensants. Il y a des arguments en faveur du démembrement du transport en commun qui, selon moi, doivent être mis sur la table pour se faire solidement écrabouiller.

Prenez seulement les chiffres, auxquels on peut faire dire ce qui nous arrange : 22 M$ au bénéfice de 4500 usagers du transport en commun par année, cela représente collectivement 5000 $ par individu, argue le journaliste. Ouach ! Cela frappe l’imaginaire, sans doute. Mais si je vous dis, moi, que c’est plutôt 22 M$ divisés en 20 millions de payeurs de taxes et impôts? Soit un peu plus d’un dollar par année que chacun de ces Canadiens débourse pour notre transport en commun à Saguenay... Seul un débat sainement réalisé pourrait nous permettre d’y voir clair.