La science bien plus un outil qu’une voie de salut !

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / M. Sébastien Lévesque, votre titre « Le salut par la science » affirme que la science serait la voie de salut de l’humanité. À l’image d’une boussole, la science peut être des plus précieuses et nous conduire sans trop de détours dans notre quête de sens et de connaissance, j’en conviens. Mais seulement si l’on sait vers où nous désirons aller comme sujet ou projet de société. La science à elle seule, tout comme la boussole, ne conduit nulle part. Qui voudrait suivre le nord seulement parce que la boussole indique le nord ? Ce serait insensé !

Mais alors, qu’est-ce qui conférera un sens à la vie, à ma vie ? La science est bien impuissante face à cette question, à ce mystère. Un mystère, non pas parce qu’il est impossible d’y trouver un sens, mais bien parce qu’il dépasse la raison et qu’on n’a jamais fini de comprendre le sens de la vie. Ce sens se trouverait-il alors plus facilement en Dieu ? Pas plus qu’il ne s’y trouve sans lui ! Ce qui est sacré, c’est la conscience humaine, notre capacité de se regarder tel que nous sommes ; en contact avec son vécu tout en apprenant à découvrir l’essentiel, la vérité de son être profond et ainsi construire nos projets et défendre nos valeurs.

La vraie question, dit André Compte Sponville, n’est pas de savoir si la vie a un sens et lequel, mais bien de savoir si j’aime assez ma vie pour y consentir et lui conférer du sens. Par exemple, ce n’est pas parce que mon enfant fait toujours des choix sensés que je l’aime. Mais bien parce que je l’aime qu’il a du sens à mes yeux. L’amour est donc premier dans cette quête avant même la boussole qui est d’une aide précieuse pour les parents.

J’admets que la science, jadis avec l’héritage des Lumières et ses penseurs, nous a conduits à faire un pas de géant et de progresser comme civilisation. La science avait alors un choix assumé, une direction sur une boussole qui indiquait liberté, égalité et fraternité. Avec la modernité, la science s’est parcellisée, elle cultive plutôt l’utilitarisme à courte vue. Le gain escompté l’emporte sur la soif de découverte qui pourrait être destinée à l’ensemble de la communauté humaine. Une découverte n’a de sens que si elle honore le dieu du marché. La science s’est pervertie et sa « connaissance » est devenue instrumentale à la dictature du profit. La science n’est plus cultivée avec largesse, mais rendue de plus en plus souvent asservie aux injections du profit immédiat. Plusieurs scientifiques infectiologues nous avaient prévenus d’une pandémie mondiale possible, mais cela allait ralentir l’économie de l’immédiateté et faire fléchir trop de saints marchés ! Loin du courant des lumières, aujourd’hui la science se rapproche bien plus de l’illusion que d’une voie de salut pour l’humanité.

Nos jeunes sont désillusionnés des objets de salut de jadis. Que ce soit la science, la religion, la politique, etc. Permettons-leur donc de pouvoir avoir accès à ce qui les habite. Ne sont-ils pas des sujets capables de décider en toute liberté de conscience du sens qu’ils veulent conférer à leurs vies ? L’éducation est essentielle, sur ce point on se rejoint. Mais pas une éducation asservie au marché du travail. Une éducation qui allumera un feu et abreuvera un peu celui ou celle qui a soif de sens et soif d’humanité. Aucun processus de rétablissement ne sera possible si l’éducation est asservie et s’intéresse seulement à ce qui est mesurable et observable. Ce qui est loin de répondre à la question fondamentale, « où vais-je ? » L’ouverture à la philosophie, à l’éthique et à la spiritualité ne pourrait-elle pas fortement contribuer au rétablissement de principes d’humanités ?

Pour combattre l’obscurantisme, comme vous dites, c’est d’abord l’être qui a besoin de lumière avant même la raison pure. Le sens n’advient pas par la raison en premier, mais par l’amour. Comment avoir confiance et écouter quelqu’un ou des gens qui nous ont fait souffrir ou illusionnés ? Le lien de confiance est la pierre angulaire de tout accompagnement. J’ai commencé à aimer l’école lorsqu’un professeur de philosophie m’a dit que j’avais du potentiel et croyait en moi. Il a alors allumé un feu… Ensuite, j’ai cherché la cohérence, la logique et la méthode.

La science, comme vous le dites si bien, se doit d’être humble face aux mystères de la vie. Et loin de conférer une direction et un sens, elle a pour mission de nous aider à nous y rendre sans trop de détours. L’histoire de la science ne montre-t-elle pas par elle-même qu’elle n’est pas linéaire, mais qu’elle a dû réajuster le tir pour certaines théories qu’on croyait immuables ?

Bref, il n’y a que l’amour qui puisse nous sauver. L’amour de l’autre malgré son ignorance, voire sa folie. Le salut n’adviendra pas par la force de la raison ou de la science, mais par la force de l’amour qui conduit au dialogue vrai entre personnes égales en dignité et qui tendent vers un vivre ensemble, vers la plus grande harmonie possible. Les réseaux sociaux sont-ils un bon moyen pour cela ? J’en doute.

La philosophie n’est-elle pas, en premier lieu, l’amour de la sagesse ?

Nicolas Beauchemin

Saguenay