La SAQ (toujours) convoitée par des intérêts privés

L’ex-ministre libéral des finances Carlos Leitao se joint aux quelques personnes ou groupes qui, déjà depuis quelques années, réclament la privatisation de la SAQ. Objectif affiché : favoriser la sacro-sainte libre-concurrence et, conséquence inévitable supposée, la baisse des prix des vins et des spiritueux.

La réalisation d’un tel projet ne serait souhaitable que si la population québécoise en général en tirait un profit réel. Et non uniquement les gens d’affaires assoiffés de « bonnes affaires ».

Quel individu ou quel groupe privé pourrait, à même ses profits, remettre au trésor québécois, chaque année, plus d’un milliard de dollars ?

Quelle entreprise privée maintiendrait, en les augmentant éventuellement, les salaires et avantages sociaux des quelque 500 employées et employés ? Garderait-elle autant de personnes en emploi ?

Une SAQ privatisée pourrait-elle continuer à verser les 765 000 $ que l’actuelle société d’État a remis au réseau des Banques alimentaires du Québec, comme ce fut le cas en 2018-2019 ?

Une SAQ privatisée desservirait-elle adéquatement – prix et variété – Amos, Normandin et les régions, comme c’est le cas à Montréal, par exemple ?

Par ailleurs, les 25 sous ou le dollar que les gens du Québec paient pour leur vin ou spiritueux de plus qu’en Ontario ne sont-ils pas grandement compensés par l’apport de la SAQ au développement du réseau des CPE ou autres garderies subventionnées par l’État québécois ?

Cette idée de la privatisation de la SAQ n’est pas nouvelle et revient périodiquement dans l’actualité. Ce n’est peut-être pas tellement surprenant qu’un ex-ministre libéral s’y associe, membre jusqu’à tout récemment d’un gouvernement dont les politiques d’austérité ont considérablement nui aux services publics que le Québec s’est donnés dans la foulée de la Révolution tranquille.

Reste à souhaiter que la population ne s’y laisse pas prendre et que des gens compétents démontrent à quel point un tel projet serait dommageable à la très grande majorité de la population.

Normand Breault

Montréal

+ LETTRE À SYLVAIN GAUDREAULT

M. Gaudreault,

Je me vois obligé de vous dire pourquoi je rejette votre prise de position contre le projet GNL Québec. Votre analyse, aussi sincère soit-elle, s’appuie sur des informations incomplètes et sur au moins une idée de base aussi populaire que fausse : il est possible d’éliminer l’utilisation des hydrocarbures tels le charbon ou le gaz naturel (GN) pour produire de l’électricité à une échelle nationale. Par exemple, les parcs éoliens et les champs de panneaux solaires produisent de l’électricité à voltage et ampérage très viables. Pour les ordinateurs, il faut stabiliser le réseau à même d’importantes centrales à production continue, contrôlées par des systèmes complexes. Actuellement, il existe quatre sources : brûler le charbon, brûler le pétrole, brûler le gaz naturel et l’hydroélectricité.

Au Québec, nous sommes chanceux. Nous avons de l’hydroélectricité à revendre – ce que nous faisons ! –. Les pays européens, eux, n’ont pas accès à l’hydroélectricité en quantité suffisante. Il leur faut choisir entre les trois premières sources pour intégrer les parcs éoliens, etc. Bref, il existera toujours de la demande pour les hydrocarbures. Il s’agit de choisir la source.

Une analyse publiée par le Centre international sur le cycle de vie (CIRAIG), qui compare le total des GES produits entre les différentes formes de combustions, démontre clairement que le seul choix possible, c’est le GN.

Vous aurez constaté que je n’ai pas mentionné le nucléaire. La raison est bien simple. Les écolos allemands forcent la toute puissante Angela Merkel à fermer les centrales nucléaires.

M. Gaudreault, la fermeture de centrales nucléaires doit vous rappeler des bons souvenirs. Vous étiez ministre lorsque le gouvernement Marois a fermé la seule centrale nucléaire au Québec.

Faute d’hydroélectricité, les Allemands ont opté pour le charbon. Il s’agit de mégatonnes de charbon, dont une partie est de source colombienne.

Les lacunes dans votre raisonnement deviennent faciles à identifier :

1 – Si nous empêchons la vente GNL Québec, les Européens trouveront d’autres sources, soit la Norvège, soit les États-Unis. Les émissions croissantes des GES émis par la Norvège se mesurent en unités de millions de tonnes. Le désire américain de réduire les GES émis par la fracturation est connu. Bref, l’analyse dite globale, tant réclamée, favorise nettement le projet GNL Québec.

2 – Un pourcentage de la production de GNL Québec remplacera celle de centrales nucléaires. Il s’agit d’une donnée importante puisque les écolos allemands exigent la fermeture de toutes ces centrales.

3 – Les économies européennes sont en croissance. GNL Québec fournira une source d’énergie pour les futures centrales requises pour stabiliser les nouveaux parcs éoliens, etc.

4 – Vous oubliez la pollution créée par les centrales au charbon. Brûler le charbon envoie des tonnes de particules fines dans l’atmosphère. Ces particules sont cancérogènes.

5 – Tous vos calculs ne s’appliquent qu’à la production des GES. Les GES produits ne sont pas nécessairement émis. Vous oubliez qu’il existe de nombreuses techniques pour capturer le CO2, afin d’en faire une utilisation verte. Je vous suggère de contacter la compagnie CO2 Solutions.

Ian Mason

Jonquière